Sécurité et mensonges de l'industrie nucléaire - les travailleurs précaires en France, Etats-Unis et Japon.

Publié le par Mae Bat

Ils mourront bien avant la retraite . .

Japon. Lors de l'accident nucléaire qui succéda au désastre du Tsunami un reportage tv(a) nous fit découvrir une de ces peuplades d'intouchables japonais que l'on envoyait "au charbon" .. ou à "la corvée de bois", j'hésite sur l'expression la plus appropriée pour exprimer comment au XXI° siècle le "Progrès" s'arrange de la xénophobie. Bref de ces gens dont nulle statistique n'aurait à rendre compte et que l'on envoyait en première ligne pour contenir un réacteur nucléaire.

France. Rien d'aussi barbare chez nous, ou plus exactement, rien d'aussi visiblement barbare chez nous. Encore que nous n'ayons pas encore connu l'expérience extrème mais que nous sachions déjà qu'aucune confiance ne peut être accordée à notre oligarchie, l'expérience des travailleurs précaires de la maintenance nucléaire témoignant de semblables pulsions criminelles et déjà de la capacité à tricher avec les statistiques de santé publique. 

Santé et Travail 75 

Ce récent numéro de "Santé & Travail" consacre son dossier à un effet, souvent ignoré par les médias, du stress au travail, les accidents cardio-vasculaires.

Loin des idées reçues les contributions relèvent le poids des inégalités sociales qui font peser lourdement la charge sur les ouvriers et employés, qu'une contribution interessante sur les chauffeurs, ou encore les salariés des Centres d'appels viennent illustrer - et des risques qui tenant compte des évolutions du marché du travail (précarité) et des moeurs n'épargnent plus les femmes.

Enfin un article sur les emplois précaires du nucléaire, qui justifie notre contribution, et souligné encore par l'éditorialiste, la mise à l'écart des travailleurs de la maintenance nucléaire du bénéfice de la "pénibilité" pour acceder à la retraite. (en kiosque !).

 

En fait à coté des problèmes de sécurité de l'industrie nucléaire, des problèmes de santé au travail pour les salariés précaires envoyés au feu et plus généralement de santé publique, l'industrie de pointe nous offre là le spectacle des nouvelles formes de prolétarisationque certains ont cru voir disparaître au tournant des années soixante-dix. Mais aussi la résurgeance de formes anciennes de prolétarisation dans des marchés nouveaux. Aujourd'hui les "centres d'appels" font ainsi ressurgir les pathologies et des formes d'organisation du travail que l'on avait cru voir disparaître avec les derniers centrales téléphoniques (fin des années soixante-dix).

De ce point de vue établir des parallèles autour du nucléaire entre quelques grandes nations industrialisées n'obéit pas à une quête d'exotisme mais au soucis de mettre en avant quelques grandes tendances dans l'exploitation du travail et ou doivent porter les efforts d'organisation et de résistance.

EDF - La sous traitance des risques .. 

"L’organisation du travail de maintenance des centrales nucléaires est dominée par un impératif, celui de respecter les limites réglementaires d’exposition aux rayonnements ionisants. En 2004, 31 174 travailleurs extérieurs DATR ont été enregistrés dans le cadre de la surveillance de l’exposition externe (9) aux radiations ionisantes. En 2006, le nombre de ceux enregistrés sous la rubrique « entreprises extérieures » est tombé à 18 959. Mais le rapport précise qu’une part des travailleurs extérieurs intervenant dans l’industrie nucléaire est désormais recensée parmi les 33 165 travailleurs de l’industrie non nucléaire figurant dans le bilan de cette surveillance, notamment les agents de contrôle non destructifs, qui constituent l’une des catégories les plus exposées aux radiations dans les centrales (10). Ce choix de classer les travailleurs extérieurs dans plu-sieurs catégories rend désormais invisible l’évolution de cette population et la part de la dose collective qu’elle supporte. Or, la gestion de l’emploi par la dose consiste à répartir la dose collective sur un nombre suffisant de travailleurs pour éviter (ou au moins limiter) les dépassements individuels de dose réglementaire. Un travailleur DATR ne doit pas être exposé en dose cumulée annuelle à plus de 20mSv. Les plus concernés par ce mode de gestion sont les travailleurs temporaires ou sous contrat à durée déterminée, leurs missions ou contrats n’étant pas renouvelés lorsqu’ils arrivent en limite de dose. Cette gestion a des effets pervers. Le rapport 2005 de l’inspecteur général de la Sûreté nucléaire d’EDF, Pierre Viroth, souligne que l’une des situations répétitives préoccupantes repérées sur les sites lors de ses inspections, est « le défaut de port de dosimètres (11) ». Quand la tension est trop forte entre des exigences contradictoires, les travailleurs DATR se retrouvent devant ce « choix » : laisser le dosimètre à la porte pour des opérations « coûteuses en dose » – en toute invisibilité de la dose reçue lors de l’opération – ou se voir interdire l’accès ultérieur aux centrales lorsqu’ils ont atteint la limite de dose (12).

Une enquête épidémiologique réalisée par des médecins du travail portant sur les conditions de travail et la santé des travailleurs extérieurs de l’industrie nucléaire avait pour objectif de recueillir auprès de ces derniers des informations à 5 ans d’écart, en 1993 puis en 1998 (13). En 1998, plus de la moitié des travailleurs temporaires ou en CDD interrogés en 1993 n’ont pu être retrouvés. L’absence de recensement précis et de suivi médical effectif fait basculer durablement dans l’invisible les effets cumulés de l’exposition, externe ou interne, aux rayonnements ionisants pour la santé de ces travailleurs chargés au quotidien de l’entretien et de la maintenance des centrales nucléaires." Annie Thébaud Mony "Mouvements" 11 Mai 2009, extrait

 

 ETATS UNIS - Les ouvriers noirs exposés ..

"Une entreprise américaine qui retraite les déchets nucléaires a accepté de dédommager des employés noirs qui ont été exposés à des niveaux élevés de rayonnements ionisants. Les dosimètres de ces ouvriers avaient été trafiqués afin qu’ils indiquent des niveaux inférieurs à ceux de l’exposition réelle.

L'installation de retraitement Studsvik Memphis, située au Tennessee, a signé fin décembre 2009 un accord avec la Commission pour l’égalité des chances en matière d’emploi (Equal Employment Opportunity Commission, EEOC). Selon les termes de l'accord, 23 employés noirs doivent recevoir un total de 650.000 dollars.

L'EEOC estime que la société a affecté les employés noirs à des travaux les exposant à des niveaux de rayonnements ionisants plus élevés que leurs collègues blancs. L’EEOC accuse également l’entreprise d’avoir trafiqué les dosimètres pour qu’ils indiquent des niveaux plus bas d'exposition aux rayonnements que ceux qui se sont réellement produits. Les employés noirs ont par ailleurs été moins payés que leurs collègues blancs. "Une partie de la discrimination alléguée dans le cas présent est exceptionnellement grave en raison du danger physique qu'elle a créé pour des employés afro-américains," a déclaré Stuart J. Ishimaru, le président exécutif d'EEOC.

Lewis Johnson, le président de Studsvik, a déclaré que la discrimination alléguée a eu lieu avant que la compagnie basée à Memphis ne soit rachetée par la multinationale suédoise qui est spécialisée dans les services à l'industrie nucléaire, notamment dans le domaine du traitement des déchets." 25/01/10  ETUI Institut Syndical Européen

EDF La colère des précaires du nucléaire. 

"42.000 personnes travaillent dans le secteur du nucléaire en France. La moitié sont des agents EDF. Les autres sont des « précaires ou nomades du nucléaire ». Plus exposés, ils subissent 80 % des radiations constatées. Électriciens, soudeurs, robinetiers, chaudronniers, ils effectuent des missions à hauts risques sur les 19 centrales du territoire français. Intérimaires au statut précaire, ils sont pour la plupart rémunérés au Smic, avec des primes journalières de 54 à 60 euros pour couvrir les frais de logement et de nourriture.

Une enquête fouillée de Sébastien Baer pour France-Info revient sur le sort et les revendications de ces 22.000 salariés des diverses entreprises sous-traitantes d’EDF. Ceux-ci sont en grève depuis début avril pour obtenir des augmentations de salaires, des primes, voire un changement de statut.

Au delà des dangers de contamination auxquels sont exposés ces personnels, leur moral semble également fortement touché. Dès 2003, c’est la mutuelle de la centrale de Paluel qui remarquait que, pour l’ensemble des salariés du nucléaire, 80 % des feuilles d’assurance-maladie traitées prescrivaient des calmants. En 2005, le centre de recherche en gestion de l’école Polytechnique produisait son enquête annuelle sur le moral des nomades du nucléaire (à la demande d’EDF) et indiquait que 84% des prestataires interrogés souhaitaient quitter cette industrie.

Pressions financières sur les entreprises sous-traitantes, salariés exploités et démotivés... avec ses centrales, EDF nous fait tous danser sur un volcan. Précisons que l’Etat possède 84,6% du capital de l’entreprise encore « publique » et porte la responsabilité de cette précarité des ouvriers du nucléaires et des conséquences que cela pourrait avoir sur l’entretien des centrales." Bastamag.net 1 Juillet 2009 (!)

(a) "Les Burakumin, les intouchables japonais" ARTE TV

 

"Nuclear Gypsies en anglais, Genpatsu jipushi en japonais, ce sont les "gitans du nucléaire". Ces hommes, depuis les débuts du nucléaire, accomplissent les tâches les plus ingrates et surtout les plus dangereuses. Il travaillent pour le compte de sous-traitants qui les déplacent d'une centrale nucléaire à l'autre suivant les besoins des opérateurs. Ces gentpatsu jipushi travaillent à titre précaire et n'on pratiquement aucun statut. Les statistiques épidémiologiques appliquées aux travailleurs sédentaires employés par les opérateurs, ne leur sont pas appliquées. Souvent, leur formation en radio-protection est minime, voire inexistante. Ces travailleurs, de condition modeste et peu instruits, ne mesurent pas les dangers qu'on leur fait encourir. Ces employés précaires seraient très souvent fournis aux opérateurs par les clans de yakuza, la maffia japonaise. Cette situation précaire de nombreux travailleurs du nucléaire , au Japon, est un fait avéré. Vous pourrez en savoir plus sur eux en lisant l'article du New -York Times que vous trouverez  en fin de cet article.

Des rumeurs persistantes, mais difficilement vérifiables, affirment que ces "gitans du nucléaire" seraient la plupart du temps issus de la communauté des "burakumin". Les burakumin sont considérés au Japon comme des parias d'une caste inférieure et marginalisée, socialement et humainement, un peu comme les intouchables en Inde. Les tâches les plus rebutantes leur ont toujours été dévolues. Le Japon moderne ne s'est pas totalement débarassé de ce système de caste qui continue de marginaliser cette communauté. ... Les barakumin, eux, en font toujours les frais. Celà semble cohérent avec leur éventuelle utilisation comme "gitans du nucléaire"."  Fukushima News Mai 2011

   

Publié dans Travail - Pratique

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