Harcelement, répression et suicide en entreprise (témoignage)

Publié le par Mae Bat

Usines Peugeot de Sochaux-Montbéliard.   

En même temps que je poursuis la lecture de l'ouvrage de Corouge et Pialoux, je voudrais ici rendre compte des premières pages du témoignage de l'ancien ouvrier de Peugeot. Ces premières pages qui concernent le suicide de l'un de ses compagnons du labeur, un ouvrier syndicaliste comme lui, comme lui victime de cette repression que l'on désigne aujourd'hui comme harcelement moral.

Ici la volonté de briser toute forme de résistance à l'exploitation capitaliste, y compris en détruisant l'individu par l'isolement sur le poste de travail ou la multiplication des sanctions disciplinaires, n'est pas vraiment dissimulée ; nous sommes dans une forme de management à l'ancienne qui n'en est pas moins pervers.

Mais encore le témoignage porte sur la difficulté de mobiliser les réseaux traditionnels, politiques ou syndicaux, quand les besoins primaires de l'individu, affectifs ou matériels, sont en cause. Inadéquation de la structure militante à laquelle aujourd'hui on tente de trouver des solutions comme le démontreront d'autres témoignages.

Sans doute était il plus difficile pour un syndicaliste d'isoler telle ou telle pratique patronale d'un contexte général de lutte, c'est donc bien la généralisation du "harcelement moral" à l'ensemble des salariés, mais toujours pour assoir la domination des dirigeants, qui a permis d'en décrire les pratiques et d'en démontrer le lien avec les nouvelles formes d'organisation du travail.

Sans doute certains n'auront pas tort de chercher dans la sujetion inscrite dans le Code du travail les prémisses de tels comportements, mais ces dérives entrouvrent aussi la porte sur une autre réalité, ontologique, la centralité du travail.      

 

Resister a la chaine - Corouge & Pialoux

"Quand Peugeot a vu qu'on commençait à se bagarrer comme ça, parce qu'il voyait, parce qu'il est pas con, Peugeot .. il a commencé à massacrer, il a tapé fort, il a viré deux copains délégués. Pas viré vraiment, mais les copains ont été obligés de foutre le camps. Une "histoire de vol" .. Et puis, avec .. mon copain militant, on était resté comme ça, .. à vouloir bosser. Et ils nous ont eus différemment, ils nous ont coincés chacun dans un poste, dans un poste où on ne pouvait plus bouger.

Et pour n'importe qu'elle erreur que tu fais sur une bagnole, tu te fais baiser. Tu peux pas dire que c'est pas toi. C'est obligatoirement toi, y'a que toi qui fait le boulot. Donc t'as vraiment plus aucune possibilité, aucune marge de manoeuvre.

.. Il est tombé malade .. ils l'ont bien mis en horaire normal, mais ils lui ont laissé le même poste .. il continuait à faire le même truc, mais avec deux maîtrises différentes .. ilétait à la fois dans l'équipe du matin et dans celle du soir. .. C'était du massacre ! C'était jour de mise à pied après jour de mise à pied .. Ca c'est accumulé, ça c'est accumulé, et le mec, un jour, il a pris un flingue puis il s'est descendu. Il avait vingt-cinq ans." (p.27, s) 

Publié dans Travail - Pratique

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