Kanak - Réflexions autour d'une lutte d'indépendance, le mouvement ouvrier français et la culture coloniale.

Publié le par Mae Bat

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"Les déportés de la commune (a)

  

Malheur aux voleurs et meurtriers d'une France qui souffre de sa croissance industrielle ! Malheur aux révolutionnaires, aux communards ! Il connaîtront aussi l'ennui, les supplices et la mort à l'île des Pins, sur le presqu'île de Ducos ou à l'île Nou. [...] Obsédés par leur propre combat politique et convaincus du bien fondé du colonialisme, flambeau de "la république nouvelle", les déportés ne s'intéresseront guère à la Nouvelle-Calédonie.

Ils prendront même fait et cause pour les Français locaux contre les Mélanésiens, à l'exception de Louise Michel. Emerveillée par la nature tropicale, intriguée et charmée par les Kanak, ses "amis noirs", elle se consacre à l'écriture, au dessin, à des travaux d'aiguille et à l'instruction des enfants eurpéens et mélanésiens. Quand lesKanak se soulèvent en 1878, elle est parmi les rares déportés à comprendre les insurgés. Et la légende veut qu'elle ait donné son écharpe au chef de la révolte, Atai (b) ."    
 

Cette longue citation d'Alban Bensa devrait introduire notre réflexion sur la "culture coloniale" du mouvement ouvrier Français. Les préjugés culturels ou raciaux d'une part, des valeurs partagées avec la bourgeoisie libérale (développement économique et "progrès") trouveront encore un puissant relais chez Marx et Engels. Ainsi doit on rappeler la mise au ban et les premières inculpations de Messali Hadj et de l'Etoile Nord Africaine, accusés de "nationalisme" par le Front Populaire(c), et les débuts "chaotiques" du soutien à la lutte d'indépendance algérienne au Parti Communiste Français.

 

Mais nous serions quitte avec ce passé si certaines revendications des peuples autochtones ne réveillaient les vieux démons - comme la défense de l'emploi local dans des îles ou l'équilibre économique et démographique reste fragile et où "l'immigration" reste un habile travestissement du colonialisme de peuplement.

Nous avons de ces dernières tendances des exemples tragiques, comme l'instrumentalisation de l'immigration dans des buts de génocide, culturel d'abord, économique et démographique ensuite et dont les exemples les mieux connu sont le Tibet et la Palestine.

 

Nous avons encore le souvenir des troupes soviétiques envahissant l'Afghanistan et le refus des trotskistes (!) de voir là la démonstration d'un impérialisme, reconnaissance qui les aurait contraint à abandonner leurs dernières illusions sur la Russie. Au fond le discours du député européen Jean Luc Mélenchon(d) sur l'invasion du Tibet par la Chine(e) pourvoyeuse de progrès et de démocratie n'est guère différent de ce "trotskisme".

 

"Cette Constitution, dite « Charte des tibétains en exil »,  est consultable sur le site officiel du « gouvernement tibétain en exil ». Cette lecture est indispensable. Elle permet de se faire une idée assez précise de ce que valent les déclarations, la main sur le cœur, de ceux qui débitent sur les plateaux de télévision que le Dalaï Lama est un parfait démocrate, laïque et ainsi de suite. Elle permet de vérifier si mon rejet du caractère théocratique des objectifs des indépendantistes tibétains est un pur a priori sans fondement de ma part, faussé par mes propres présupposés philosophiques et politiques. Et chacun pourra se demander s’il n’est préférable compte tenu des leçons de l’histoire en la matière depuis l’Afghanistan et l’Iran de refuser toujours et quelle que soit la religion, la confusion de la politique et de la religion. A tout le moins la lecture de ce document permet de vérifier que ceux qui parlent de Constitution « démocratique » et même « laïque » mentent sciemment pour manipuler les auditeurs dont ils espèrent qu’ils les croiront sur parole sans aller vérifier ce qu’ils disent." JL Melenchon (Le blog)

 

Ainsi, sans aller plus avant ici, monsieur Mélenchon limite le droit des peuples à décider de leur destin à ce qui lui semble préférable, une "république populaire" laique, libérale et capitaliste, politique au contenu social que l'on connait, imposée par les armes ainsi qu'aux Ouigoures musulmans. Aujourd'hui nous devons bien constater que le nouveau gouvernement en exil du peuple Tibétain a été élu démocratiquement, Mélenchon pourrait en faire la leçon à ses amis chinois, qui n'ont concédé de libertés qu'à cet "opium du peuple" -la religion- qu'il condamne, allez savoir pourquoi les autorités chinoises ont fait un tel choix. 

 

Pour l'heure nous soulignerons ici l'intérêt du débat engagé par Habdellali Hajjat sur "Marx et le colonialisme"(f), débat sur lequel nous aurons encore l'occasion de revenir à propos du mythe du progrès chez Marx mais également, pour reprendre le titre d'un essai de Serge Latouche, à propos de "l'occidentalisation du monde" (1989).

Nous livrons ici du texte d'Habdellali Hajjat un extrait qui suffira à éclaircir encore notre propos. 

Engels et l’Algérie

[...] Engels se félicite de la défaite de l’émir Abdelkader du 23 décembre 1847 et de la soumission de l’Algérie au « progrès de la civilisation ». Pour lui la conquête de l’Algérie est un heureux événement puisqu’elle participe de la victoire des nations civilisées sur les peuples arriérés.

Même s’il critique les méthodes de guerre de la colonisation française, il considère néanmoins que la France est en quelque sorte l’instrument de l’histoire universelle qui secoue les sociétés barbares par le développement du capitalisme. « Et si l’on peut regretter que la liberté ait été détruite, nous ne devons pas oublier que ces mêmes bédouins sont un peuple de voleurs »… Il réactive tous les lieux communs racistes de l’époque, qui sont intégrés à la conception marxienne de l’histoire.

[...] Revenons sur le texte. Passons la description de la société hindoue, qui ne nécessite pas de commentaires… « Il est vrai que l’Angleterre, en provoquant une révolution sociale en Hindustan, était guidée par les intérêts les plus abjects et agissait d’une façon stupide pour atteindre ses buts. Mais la question n’est pas là. ». En effet, la question n’est pas dans la condamnation de la sanglante conquête, mais il s’agit de se dégager de l’apparence des choses, il faut aller au-delà et surmonter ses sentiments trompeurs pour prendre connaissance des forces souterraines à l’¦uvre. « Il s’agit de savoir si l’humanité peut accomplir sa destinée sans une révolution fondamentale dans l’état social de l’Asie ». Sous la poussée des forces du capital qui s’étendent à travers les frontières, l’humanité tout entière progresse et s’unifie en entrant désormais dans le cours de l’histoire universelle. Et l’Angleterre joue un rôle important : « quels qu’aient été ses crimes, l’Angleterre a été l’instrument inconscient de l’histoire en menant à bien cette révolution »

 

 [...] Dans ce cadre, les massacres coloniaux sont évidemment secondaires. Au contraire ils sont les instruments nécessaires pour mettre en pièce des « formes politiques figées et mortes » [13]. Les massacres sont dénoncés uniquement dans le but de souligner l’hypocrisie des classes dominantes. Mais cela ne débouche jamais sur l’identification des indigènes comme opprimés ou persécutés dont les combats relèveraient d’une résistance légitime à l’expansion coloniale. Sans doute parce qu’il ne s’agissait pas d’ouvriers mais d’indigènes soumis aux coutumes « fanatiques ». Ainsi ni les indigènes ni les tribus ne sont pensés comme sujets de l’histoire avec lesquels il faut se solidariser.

Voilà un bien long avant-propos pour précéder un article sur l'USTKE et la question syndicale en Nouvelle Calédonie, mais nécessaire pour écarter les préjugés de quelques "marxistes" ou hérités d'eux. Pour ceux que la chose choquerait rappelons le titre d'un premier éditorial que Gramsci consacra à la révolution Russe de 1917, se référant à l'oeuvre de Marx, "La Révolution contre le Capital". Ils comprendront alors que l'interprétation des textes de Marx et Engels donna de tous temps les résultats les plus contradictoires, sans jamais que cela remette en cause, pour ses adeptes, sa nature "scientifique".

Il serait donc temps de nous libérer, aussi, du poids des doctrines et de leur influence pour construire en pratique le socialisme du XXI°siècle. 

 

Mae BAT le 06 Novembre 2011

 

NB. L'approche du colonialisme par Marx Engels suit la même logique que le discours sur le libéralisme. On perçoit aujourd'hui encore l'influence de cette démarche "catastrophiste" dans le ralliement à l'Union européenne, dans la défense de l'euro, de "l'extrême gauche" et qui laisse au second plan la nature contre-révolutionnaire de ces institutions. Le renforcement des politiques libérales serait le meilleur garant de l'universalité de la révolution à venir. 
 
Nouvelle-Caledonie carte

 

(a) Alban Bensa "Nouvelle Calédonie, un paradis dans la tourmente" Découvertes Gallimard

(b) Appolinaire Anova Ataba "d'Atai à l'indépendance" Edipop Nouméa 1984

(c) La question coloniale, la Révolution espagnole et le Front populaire - Daniel Guérin. 

(d) Depuis monsieur Mélechon a encore inquiété ses, quelques, amis communistes en soutenant les bombardements sur la Libye et avec cette curieuse prise de position, inattendue, en faveur de l'ONU, et de l'OTAN, sans doute : La Riposte.

(e) Après les aventures Birmanes de Kouchner et TOTAL, nous voilà décidément avec une gauche fort encombrée par la Chine et ses satellites.

(f) Habdellali Hajjat "Marx et le colonialisme" 9/11/2007 - Sortir du colonialisme -

 

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Publié dans Débat

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