Prévention du stress et accords d'entreprise (Santé & Travail)

Publié le par Mae Bat

 
Sante & Travail Avril 2011 

Ce numéro de Santé & Travail consacre quelques articles à la "Pénibilité" mais encore à ses conséquences et ainsi à l'inaptitude qui si elle ne recouvre pas le champ d'une "maladie" conduit au chômage de longue durée. La publication revient également sur la réforme de la Médecine du Travail et dans son éditorial François Desriaux s'interroge sur les graves manquements en santé publique de nos administrations (Médiator Servier) et des évolutions qui vont à contre courant des réformes souhaitables.

Un ensemble de thèmes sur lesquels revenir si pour l'heure nous nous attarderons sur le dossier des négociations sur la prévention du "stress" en entreprise.  

Là encore il convient de repérer parmi les acteurs des négociations, des accords d'entreprises, les experts en prévention des risques psycho-sociaux, de chercher à comprendre ce qui peut prendre l'allure, la prétention à la neutralité scientifique de l'expertise. Ainsi la Fédération des intervenants en charge d'établir les critères de qualité de l'expertise s'était elle-même constituée, dans un premier temps, sur des critères financiers car nous sommes en présence d'un marché et en bonne idéologie libérale il convenait de lui abandonner la sélection :

"Les conditions d'adhésion définies alors sont taillées pour les grosses structures spécialisées dans la gestion du stress et des RPS : ces prestations doivent représenter 50% du chiffre d'affaires pour un montant minimum de 300.000 euros. De là à y voir une tentative de prendre la main sur un secteur très porteur .." (a).

Ces critères, abandonnés ou non, le marché subsiste et il doit attirer notre attention sur la notion de client de l'expertise dont on verra déjà les conséquences dans les accords signés. Enfin outre la mise à l'écart d'institutions publiques comme l'Anact, la démarche instituée par le gouvernement marginalisait une fois encore, après le projet de réforme de la médecine du travail, les CHSCT

Mais faut il encore s'interroger plus en amont sur ce que les suicides sur le lieu de travail disent des mutations de notre société ou l'on constate une banalisation de l'usage des psychotropes(1) mais aussi des cas de "dépression"(b) ou encore s'interroger sur la sensation d'isolement qui conduit à de tels actes. Mais alors les processus de "prévention du stress" en accentuant la responsabilité et la culpabilité de l'individu ne viennent ils pas renforcer la situation qu'ils prétendent combattre ?   

MB.


(a) Eric Berger "Une fédération qui divise le milieu de l'expertise" S&T 74, p.13 

(b) Alain Ehrenberg "La fatigue d'être soi - dépression et société" Odile Jacob 1998, ...

(1) Psychotropes Selon Jean Delay en 1957 « On appelle psychotrope, une substance chimique d'origine naturelle ou artificielle, qui a un tropisme psychologique, c'est-à-dire qui est susceptible de modifier l'activité mentale, sans préjuger du type de cette modification. » Wikipedia

 

Stress et Prévention des risques psychosociaux (RPS). 

En introduction(a) au dossier sur les risques psychosociaux (RPS) sont résumés les enjeux des négociations sur la prévention,  "On peut déduire de ces travaux que la prévention des RPS requiert certes de redonner des marges de manoeuvre aux salariés, de réduire les contraintes de temps ou de rythme, de favoriser la coopération et la reconnaissance, mais que tout cela ne suffit pas ... Ce qui fait souffrir les salariés, ce n'est pas tant d'avoir trop de contraintes à gérer que de devoir renoncer à faire un travail de qualité, dans lequel on puisse se reconnaitre ... Et de vivre ce renoncement dans la solitude. .."

 

Le premier constat [Clot, Davezies] est alarmant, mais conforme à ce que nous connaissons du monde de l'entreprise, "la plupart des accords signés .. sur la prévention du stress dans les entreprises développent des approches qui, malgré leur vernis d'apparence scientifique, sont calibrées pour maintenir l'organisation du travail à l'abri du débat social. Sont particulièrement en cause les outils d'analyse de l'organisation du travail et la définition du stress proposés par ces accords." et déjà ce que les outils statistiques (tableau de bord) laissent ignorer ce sont les effets différents de l'organisation du travail d'un individu à l'autre, les besoins différents de l'exercice d'un métier à un autre.

 

Mais en retenant d'entrée de jeu une définition du stress ancienne et héritée de la psychologie américaine, les accords veulent ignorer "que le stress ne survient pas seulement quand celui qui travaille n'a pas les ressources pour faire face aux exigences de l'organisation, mais qu'il apparait, au contraire, quand cette organisation n'a plus les ressources pour répondre au besoin qu'ont les salariés de faire un travail de qualité."

 

On peut constater que les questionnaires d'enquête prescrivent "la responsabilité individuelle" autant qu'ils cherchent à l'établir.

 

Ecartés du débat, l'organisation du travail mais encore les CHSCT, au profit d'improbables comités d'urgence humanitaire. Humanitaire ou plus surement de "police sanitaire" à entendre les craintes de Clot et Davezies "Une fois le problème ramené à la fragilité individuelle, sa prise en charge est externalisée : numéro Vert, Ticket Psy .. Apparait ainsi un vrai risque psychosocial : celui de la mise au point de ce qu'il faut bien appeler une police sanitaire, qui flirte avec des formes larvées d'obligation de soins discutables." 

C'est encore sur ce terrain discutable que l'on souhaite attirer la Medecine du Travail [Huez] en mettant en cause le secret médical qui lie médecin et patient, fussent ils salariés l'un comme l'autre du même employeur. "En revanche, il y a une ligne blanche qui ne doit jamais être franchie, c'est d'accepter d'instruire des cas individuels dans de telles instances. Même et encore plus si cela se passe dans un cadre prétendument confidentiel. En effet, il n'y a aucun secret lié à l'activité du médecin du travail qui puisse être partagé avec l'employeur(b)."

 

Sans vouloir conclure sur ce dossier mais au contraire ouvrir des pistes à notre réflexion, les syndicats apparaissent mal à l'aise  pour intervenir hors des thèmes traditionnels liés à l'économie ou la sécurité - on se souviendra des résistances aux réformes Auroux (L du 4 Aout 1982) concernant la liberté d'expression des salariés (lire, CGT). A suivre ..

 

M.B. 

(a) Je m'en tiendrais ici à l'article éditorial du dossier, "Des accords sur le stress qui sonnent faux" de Clot et Davezies, et à la mention de l'article de Huez sur les risques pour la Medecine du Travail, à charge de revenir avec aussi d'autres publications sur les pratiques "alternatives", ici avec la CGT de Renault.

(b) "Terrain miné pour la médecine du travail" D. Huez  

Publié dans Travail - Pratique

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