P.J. Proudhon - Enseignements sur la Révolution Française et son héritage.

Publié le par Mae Bat

proudhon 2009L'actualité des analyses de PJ. Proudhon n'échappera pas à ceux de nos lecteurs qui auront échappés à quelques préjugés marxistes.

Dans un temps ou le mouvement des Indignés pourrait se voir à son tour étouffé dans des dérives "constitutionnalistes", alors même qu'il apparait riche de potentialité autogestionnaire, Proudhon peut vous, nous aider à franchir le cap.

Sortir du choix obligé entre libéralisme et marxisme, inventer un autre projet de société égalitaire et innovante, nous aider à mettre "l'imagination au pouvoir".

"la Société que devait créer la Révolution en 89 n'existe pas ; elle est à faire"

 

Pour une courte présentation, en 1848 Proudhon dresse constate que dès 1793 les Jacobins introduisent une tradition politicienne appuyée sur l'Etat et sur un discours de principes (liberté, égalité, fraternité) dont dont retrouve nulle trace dans le fonctionnement des institutions, Etat et institutions qui au contraire favorisent la constitution d'une nouvelle féodalité financière. Proudhon veut promouvoir une révolution économique et sociale qu'il désignera (1848) sous le nom de mutualisme et sur laquelle nous reviendrons dans un prochain billet. 

 
"Le principe de centralisation, largement appliqué par le Comité de Salut Public, passa en dogme chez les jacobins, qui le transmirent à l'Empire et aux gouvernements venus à la suite. Telle est la tradition malheureuse qui a déterminé, en 1848, la marche rétrograde du gouvernement provisoire, et qui fait encore à ce moment toute la science, qui alimente toute la politique du parti républicain.
Ainsi, l'organisation économique, qu'appelait comme conséquence nécessaire l'abolition définitive de la féodalité, ayant été dès le premier jour laissée sans direction ; la politique reprenant, dans toutes les têtes, le pas sur l'industrie [...] "
"Il dut s'ensuivre que la nouvelle société, à peine conçue, demeurât à l'état embryonnaire ; qu'au lieu de se développer dans l'économie, conformément à sa loi, elle languit dans le constitutionnalisme ; que sa vie fut une contradiction perpetuelle ; qu'à la place de l'ordre qui lui est propre, elle offrit partout corruption systématique et misère légale ; enfin que le pouvoir, expression de cette société, reproduisant dans son institution, avec la fidélité la plus scrupuleuse, l'antinomie des principes, se trouvât dans le cas de combattre toujours la nation, et la nation dans la nécessité de frapper sans cesse le pouvoir."
"En résumé, la Société que devait créer la Révolution en 89 n'existe pas ; elle est à faire."
 ".. Ainsi, tandis que le problème posé en 89 semblait officiellement résolu, au fond il n'y avait rien de changé que la métaphysique gouvernementale, ce que Napoléon nommait idéologie.
La liberté, l'égalité, le progrès avec toutes leurs conséquences oratoires, se lisent dans le texte des constitutions et des lois ; il n'en est vestige dans les institutions.
Une féodalité ignoble - basée sur l'agiotage mercantile et industriel, le chaos des intérêts, l'antagonisme des principes, la dépravation du droit - a remplacé l'ancienne hierarchie des classes ; les abus ont quitté la physionomie qu'ils avaient en 89, pour reprendre une autre organisation ; ils n'ont diminué ni de nombre ni de gravité."
 "A force de préoccupations politiques, nous avons perdu de vue l'économie sociale. C'est ainsi que le parti démocratique lui-même, l'héritier de la première révolution, en est venu à vouloir réformer la Société par l'initiative de l'Etat, créer des institutions par la vertu prolifique du Pouvoir, corriger l'abus, en un mot par l'abus même.
Cette fascination dominant les intelligences, la Société tourne dans un cercle de déceptions, poussant le capital à une agglomération toujours plus écrasante, l'Etat à une extension toujours plus tyrannique de ses prérogatives, la classe travailleuse à une déchéance physique, morale et intellectuelle, irréparable." 

"Dire que la Révolution de 89, n'ayant rien fondé,ne nous a point affranchis, mais seulement changé de misère, dire, en conséquence, qu'une Révolution nouvelle, organisatrice et réparatrice, est nécessaire pour combler le vide creusé par la première : c'est pour beaucoup de gens avancer une proposition paradoxale, scandaleuse, pleine de troubles et de désastres. [...]
Suivant les uns et les autres, il n'existe que des souffrances accidentelles, dues surtout à l'incapacité des dépositaires du pouvoir, et qu'une démocratie vigoureuse guérirait. De là l'inquietude, pour ne pas dire l'antipathie, que leur inspire la Révolution [...] "
"Cependant l'évidence des faits est telle [...] qu'il y a désormais sottise ou mauvaise foi à argumenter d'une politique meilleure, là ou tout accuse la contradiction et l'impuissance du gouvernement.
C'est à la place même de ce régime gouvernemental, féodal et militaire, imité de celui des anciens rois, qu'il faut élever l'édifice nouveau des institutions industrielles ; c'est à la place de cette centralisation matérialiste et absorbante des pouvoirs politiques, que nous devons créer la centralisation intellectuelle et libérale de forces économiques .."
 "Que veut le système ?
Maintenir avant tout la féodalité capitaliste dans la jouissance de ses droits ; assurer, augmenter la prépondérance du capital sur le travail ; renforcer, s'il est possible, la classe parasite, en lui ménageant partout, à l'aide des fonctions publiques, des créatures et au besoin des recrues [...], rattacher tout, enfin - secours, récompenses, pensions, .. privilèges, offices ministériels, .. administrations municipales, et., etc., - au patronage suprême de l'Etat."

"Telle est la raison de cette vénalité, dont les scandales sous le dernier règne nous ont si fort surpris, mais dont la conscience publique se fût moins étonnée peut être si l'on avait pu en divulguer le mystère.
Tel est le but ultérieur de cette centralisation qui, sous prétexte d'intérêt général, exploite, pressure les intérêts locaux et privés, en vendant au plus offrant et dernier enchérisseur la justice qu'ils réclament."

(Source : B. Voyenne "PJ Proudhon, Mémoires sur ma vie" La Découverte/Maspéro 1983)
   

Publié dans Textes - Proudhon

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