USTKE. Vivre et travailler au pays Kanak, pour l'emploi local, contre la vie chère.

Publié le par Mae Bat

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Pour ne vouloir traiter ici que de questions syndicales, il faut au préalable faire le rappel de la situation imposée par le colonialisme français. Parler de l'emploi place au centre du débat la politique de colonialisme de peuplement, même si par euphémisation et pour séduire "la gauche" il est davantage question aujourd'hui, dans ce même discours colonial, d'immigration ou d'ouverture des frontières

Les conséquences pour Kanaky sont de deux ordres, au plan économique et social le chômage des populations indigènes, au plan politique préparer les conditions démographiques de la mise en oeuvre des Accords de Nouméa (lire) qui assureraient la suprématie des occidentaux et de leurs "clients". Soulignons que ces Accords préservent les pouvoirs régaliens de la France sur la colonie ce qui conduit la LDH, et d'autres, à parler de décolonisation inachevée.

Voyons dans quelle dynamique s'inscrit la politique d'immigration en Kanaky sous occupation française ...  

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Lettre de Pierre Messmer, Premier ministre, au secrétaire d'Etat aux DOM-TOM (1972).

 

"La Nouvelle Calédonie, colonie de peuplement, bien que vouée à la bigarrure multiraciale, est probablement le dernier territoire tropical non indépendant au monde où un pays développé puisse faire émigrer ses ressortissants.

Il faut donc saisir cette chance ultime de créer un pays francophone supplémentaire. La présence française en Calédonie ne peut être menacée sauf guerre mondiale, que par une revendication nationaliste de populations autochtones appuyées par quelques alliés éventuels dans d'autres communautés ethniques venant du Pacifique.

A court et à moyen terme, l'immigration massive de citoyens français métropolitains ou originaires des départements d'Outre-mer (Réunion), devrait permettre d'éviter ce danger, en maintenant et en améliorant le rapport numérique des communautés.

A long terme, la revendication nationaliste autochtone ne sera évitée que si les communautés non originaires du Pacifique représentent une masse démographique majoritaire. Il va de soi qu'on obtiendra aucun effet systématique à long terme sans immigration systématique de femmes et d'enfants.

Afin de corriger le déséquilibre des sexes dans la population non autochtone, il conviendrait sans doute de réserver des emplois aux immigrants dans les entreprises privées ... Sans qu'il soit besoin de textes, l'administration peut y veiller ...

Le succès de cette entreprise indispensable au maintien de positions françaises à l'est de Suez dépend, entre autre conditions, de notre attitude à réussir enfin, après tant d'échecs dans notre histoire, une opération de peuplement outre-mer."   (Gabriel & Kermel, extrait)

Bambous Kanak

Ce que nous constatons aujourd'hui dans le cadre de la mise en oeuvre des Accords de Nouméa c'est une évolution démographique qui reste défavorable aux populations indigènes, moins par conséquence de la natalité que par une immigration soutenue, c'est à dire par l'effet d'une volonté politique coloniale (ci-dessous). 

Par exemple, des décisions prises (2010) en faveur de l'emploi local par les pouvoirs politiques issus des Accords de Nouméa ne sont ni promulguées ni appliquées. De même concernant la vie chère, des décisions sur la réglementation et le contrôle des prix demeurent marginales (USOENC).

Ce seraient là des motifs suffisant pour soutenir la politique de l'USTKE demandant un arrêt de l'immigration, mais à ces motifs économiques et sociaux nous devons rajouter une stratégie de qualification des populations autochtonesdans le cadre d'une politique de lutte anti-coloniale. En effet, l'expérience des nations ayant accédé à l'indépendance, de l'Algérie dont nous parlerons prochainement avec les tentatives autogestionnaires, montre que ces Nations ont toutes eu à affronter le manque de cadres et de professionnels qualifiés - Que c'est là aussi une stratégie du colonialisme pour maintenir la dépendance, et non pas comme Marx Engels se l'étaient imaginer au XIX° siècle, pour introduire le progrès ou la civilisationoccidentale, le règne de la marchandise peut être, une économie de pillage sûrement. 

Car c'est bien sur le terrain de la réalité que nous devons combattre les politiques de la Bourgeoisie et les idéologies qui, consciemment ou non, assurent son hégémonie. 

Bambous Kanak

"La population de la Nouvelle-Calédonie est de 245 580 habitants lors du recensement de 2009. Entre 1996 et 2004, la population calédonienne s’est accrue de 33 953 personnes (soit une croissance moyenne par an pendant cette période de 2,16 %), dont 28 000 au titre du solde naturel (naissances moins décès) et 6 000 au titre du solde migratoire apparent. Cette augmentation est de 14 791 entre 2004 et 2009 (1,28 % de croissance moyenne par an), soit 14 000 d'accroissement naturel et 1 000 de solde migratoire apparent. .."

"Selon le recensement de 2009, la répartition ethnique de la population était la suivante:

  • les Kanaks (Mélanésiens) : 99 078 personnes et 40,34 % de la population néo-calédonienne (contre 86 788 individus et 44,09 % en 1996) s'étant déclarés comme tels lors du recensement de 2009. Peuvent néanmoins s'y ajouter une partie des personnes ayant préféré se définir comme « Calédoniens », ou comme appartenant à la catégorie des « plusieurs communautés (métis) ».
  • les « Européens » : 71 721 habitants et 29,2 % des Néo-calédoniens (contre 67 151 personnes et 34,12 % en 1996) se sont déclarés Européens. Là encore, une partie de ceux inscrits comme « Calédoniens » ou issus de « plusieurs communautés (métis) » peuvent avoir des origines européennes .."

WIKIPEDIA

Bambous Kanak 

MOBILISATION POUR L'EMPLOI LOCAL (USTKE).

Près de cinq mille personnes ont suivi le cortège mené par le Conseil Politique National (USTKE et Partis indépendantistes) Les participants ont manifesté dans les rues de Nouméa durant l'après-midi du 22 juin dernier. La protection et la promotion de l'emploi local ainsi que le rééquilibrage sont les deux principaux thèmes choisis par le collectif. Une note tout aussi forte a marqué ce collectif, le combat contre l'immigration massive.

Le soleil est au rendez-vous cet après-midi. Drapés des couleurs de Kanaky, les manifestants s'agglutinent autour des camions. Un peu avant 13 heures, le coup d'envoi est lancé. L'appel de Francky au micro résonnne autour du Mwâ Kââ, il demande aux personnes, aux fédérations syndicales et autres groupes de pression de se ranger derrière les camions qui les concernent. Tout doucement, les manifestants prennent place. Comme pour démarrer la machine, un message de soutien des camarades corses tombe à pic et harangue la foule qui se décide, enfin à partir. 
Planté sur le premier camion podium de couleur blanche, Thierry, un des responsables à radio Djiido assure la musique pour le premier groupe de personne. On y trouve les responsables politiques (P.T, U.C, Palika sud, UPM) et quelques membres du Bureau Confédéral de l'USTKE. Thierry mène la cadence pour le premier groupe où Hoïlané explique les motifs de la mobilisation.
Parti du parking proche de la place du Mwâ Kââ, le cortège s'étire le long de l'avenue du Maréchal Foch jusqu'à la place des cocotiers. Et même que le dernier camion n'a pas encore fait son apparition que Jean-Pierre, l'un des animateurs désigne également l'enseigne « Adecco », une agence intérimaire située à un coin de la rue de Verdun, il l'assimile à Manpower. Des huées se font entendre parmi les manifestants, sous leurs parapluies noirs et jaunes, on n'aperçoit pas les visages mais l'inscription « Kanaky » sur les parapluies en dit long sur leur appartenance politique. Le long cortège continue son chemin et s'étire, sa première halte se fait au Congrès. Une heure d'attente durant laquelle nos représentants déposent le cahier de doléance aux politiques. Du kanéka à consonance revendicative vient agrémenter cette pause tel que Shamadra, connu pour ses textes concernant son engagement politique. Des prises de parole interviennent aussi. Après que nos représentants soient sortis de l'enceinte du boulevard Vauban, le florilège de drapeaux aux couleurs du pays fait une deuxième pause en contrebas du haussariat, lieu aussi où les membres du collectif ont également déposé nos doléances.

L'attente sera moins longue que la première, mais la rencontre entre les représentants de l'Etat et le collectif sera tout aussi intéressante. Sans attendre plus longtemps, les responsables décident de rejoindre le dernier point, le Gouvernement de la N-C situé à la baie de la Moselle. Ainsi, le cortège défile au cœur du centre-ville, invitant les jeunes à rejoindre la foule.  « C'est pour vous que nous marchons, nous nous battons pour que les enfants du pays occupent les emplois de demain. Rejoignez-nous. L'emploi local, c'est pour vous », s'exclame l'un des animateurs. Certains décident de se fondre parmi les manifestants, déjà chauffés par les slogans scandés depuis près de trois heures. 
La délégation du collectif fût enfin reçue par le vice président du gouvernement assisté par trois membres dont deux indépendantistes. Cet entretien a permis de vérifier que les revendications du collectif dont l’USTKE, étaient bien comprises et qu’il était attendu du gouvernement que des initiatives concrètes soient adoptées avant la fin de l’année à propos notamment du projet sur la citoyenneté calédonienne et des mesures plus énergiques concernant la sauvegarde de l’emploi local et la régulation de l’immigration massive.
L'événement pris fin avec le retour au niveau du Mwâ Kââ, du cortège de manifestants. C’est vers 17h15 que se sont succédées les différentes prises de parole des responsables après qu’un compte rendu ait été effectué par la délégation qui a mené les entretiens avec les responsables des différentes institutions.
Avant la clôture de l’événement, ont notamment pris la parole et à tour de rôle, le représentant de l’Union calédonienne, la présidente de l’USTKE et le président du parti Travailliste. Cela a été l’occasion pour les différents orateurs de rappeler une dernière fois les enjeux et défis qui restent à relever. Les problématique de l’emploi local se posent à nous tous, autochtones de ce pays et plus généralement aux citoyens calédoniens, aujourd’hui et plus qu’hier, comme une vérité cruelle, à savoir que nous sommes bien dans un système colonial qui continue de nous marginaliser en favorisant l’emploi des expatriés au détriment des « locaux » mais aussi à continuer dans sa volonté de nous rendre encore plus minoritaires dans notre pays.
Le message aux responsables de ce pays a été passé et charge à eux de nous démontrer qu’ils l’ont compris et pris en considération. Cela devra être suivi d’effet et traduits par des mesures concrètes  dans l’intérêt du Peuple Kanak et des citoyens de ce pays.
La consigne a été donnée, à savoir que la vigilance demeure !!!!  USTKE
 
 Nv-Caledonie-USTKE.jpg "Martin et ses amis dont ceux du FLNKS, avec qui il gère de façon consensuelle le Gouvernement local, a proposé en réponse, une convention, en vue de leur financement, à toutes les organisations syndicales représentatives du Pays sauf  l'USTKE, écartée pour la circonstance.
Le risque ainsi pris par le Gouvernement Martin de se voir condamné par les tribunaux pour discrimination et atteinte la liberté syndicale et la protection du droit syndical s’ajoute la politique répressive de l’État Sarkosien l’encontre de l’USTKE.  
Une énième offensive dont l’objectif inavoué, après les condamnations l’encontre de nos responsables, était de collaborer l’asphyxie financière de notre organisation syndicale et espérer ainsi priver, la veille des échéances provinciales, le soutien du syndicat au Parti Travailliste, qu’il a créé.

Le résultat ne s’est pas fait attendre et le 04 novembre dernier, l’USTKE lança une grève générale pour « dénoncer les propositions discriminatoires, du gouvernement local, quant au financement public des organisations syndicales excluant l’USTKE. » Une grève générale bien suivie qui amena le Président du Gouvernement calédonien revoir sa copie et finalement prendre en compte l’USTKE, au même titre que les autres syndicats, dans les financements publics."  USTKE 2008

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L'USTKE entretient des liens privilégiés avec la CGT Française, mais elle participe également à des coordinations avec les syndicats indépendantistes de Martinique, Guadeloupe, Guyane, Corse, .. 

L'USTKE s'impose aux élections professionnelles (Juin 2011) comme le 2° syndicat de Nouvelle-Calédonie (16%) derrière l'USOENC (22%). A noter un nombre important de syndicats présents à ces élections, aux syndicats de N-C. s'ajoutent les syndicats Français (CFDT, FO, UNSA, FSU ..) très minoritaires mais qui contribuent à l'éparpillement des voix et des forces syndicales.

 

Bibliographie.

."Nouvelle-Calédonie, la révolte Kanake" Gabriel et Kermel, La Breche 1985

Kanak - Réflexions autour d'une lutte d'indépendance, le mouvement ouvrier français et la culture coloniale. 

 

KANAKY - "L'ordre et la morale", le film de Mathieu Kassovitz déjà censuré ?  

 

Autogestion - un autre monde est possible !

Quand les multinationales de l'agro-industrie dévastent la Papouasie sous occupation Indonésienne. 

 

Mayotte - Une grève générale en France (Automne 2011) 

 

Vivre et travailler au pays - Conflit à La Réunion (Centrale thermique EDF)  

La question coloniale, la Révolution espagnole et le Front populaire - Daniel Guérin.

 

Algérie, les français de l'indépendance (1962) - les pieds rouges.

   

Publié dans Tendances France

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