Le syndicalisme ou la perspective d'une autre société ? - Stephane Sirot (L'Humanité Dimanche)

Publié le par Mae Bat

Après le mouvement social pour les retraites. 
"L'Humanité Dimanche"(a) offre deux pleines pages à présenter l'ouvrage(b) de Stéphane Sirot, enseignant à l'université de Cergy-Pontoise, un ouvrage consacré au projet syndicaliste. En peu de lignes le pari est osé, la synthèse est réductrice et peut prêter à contre-sens, aussi est il souhaitable de lire le plus long exposé accordé à L'institut de recherches de la FSU(c).

L'amorce de l'article échappe aux idées reçues, "Les revendications portées par des mobilisations d'une intensité exceptionnelle en 2010, à propos des retraites, ont échoué, pour la troisième fois au moins depuis dix ans (2003, 2009, 2010), à faire plier le pouvoir. Cette situation est inédite dans notre histoire contemporaine."

Ainsi les tensions relevées entre des aspirations contradictoires du syndicalisme ne sont pas nouvelles, elles existaient plus ou moins explicitement au début du XX° siècle, à la création de la première CGT ; "Où placer le curseur entre les fonctions traditionnelles d'agence sociale (la participation à la co-gestion de la société) et le mouvement social (la capacité de mobilisation, de contestation de la société).." mais au fil du développement du capitalisme et de la lutte des classes, la réponse apportée par le patronat et l'Etat, en un mot la bourgeoisie, sera différente.

A chaque fois la nouveauté réside à l'extérieur du mouvement syndical, cet énoncé à lui seul permet de définir l'étendue du problème, et aujourd'hui dans un "super Etat" européen(d) ,peu soucieux de "co-gestion", plus "dirigiste"que ne le laisserait entendre son idéologie libérale, ainsi à travers l'affichage du récent "Pacte pour l'euro". Chose que Stéphane Sirot analyse en deux temps : d'abord le temps de la soumission aux règles pausées par l'Etat, "L'action sociale se trouve subordonnée, voire soumise à l'horloge gouvernementale et parlementaire. .. En effet, les dirigeants de la plus part des syndicats ont régulièrement soutenu l'idée que la contestation devrait cesser, ou tout au moins "tourner une page", une fois le texte voté et promulgué .. Paradoxalement, c'est au moment ou l'offensive néo-libérale se montre la plus brutale que le syndicalisme présente le visage le plus assagi de son histoire et se prive d'inventer le futur." pour dans un second temps devenir co-producteur de ces règles, si rien ne venait contrarier cette tendance, ".. la transformation des règles de la représentativité des syndicats, laisse augurer d'un moindre éparpillement organisationnel au sommet(e), sur fond de réformisme en voie de généralisation. Cette notion n'a rien à voir avec l'éternel débat "réforme ou révolution". Elle est entendue ici comme un ensemble de pratiques dirigées vers la coproduction objective du système. Dans ce cadre, les structures de défense du salariat se trouvent pour l'essentiel cantonnées à des fonctions de domestication renforcée des velléités de contestation du salariat, d'instruments d'alerte pour l'appareil d'Etat en cas de montée des périls sociaux (2009) et parfois de partenaires d'affichage de discussions de façade, utiles pour faire croire à une démocratie sociale qui ne s'est jamais épanouie dans notre pays."

Certes les conclusions font peur et pourraient sembler donner raison aux "anti-syndicalistes" de principe que compte notre ultra-gauche(f) , sauf que cette auto-satisfaction leur cacherait les évolutions nouvelles dans les rapports sociaux.  

Je ne voudrais pour ma part conclure qu'en vous invitant à réflechir aux multiples attaques dont ont été victimes les salariés du Port de Marseilleces derniers mois. Attaques nourries par la confusion des catégories (Dockers et Grutiers, privé et public) pour dénoncer des conditions de travail (salaire et temps de travail) jugées inacceptables (le gouvernement bloquant l'accord paritaire sur la pénibilité et les retraites pour les dockers) et au final envoyer les Crs à l'assaut des marins de la Sncm qui à leur tour bloquaient le port ! Le peu d'échos suscités par ces mouvements sociaux est un signal d'alerte MB.   

(a) "L'Humanité Dimanche" du 24 au 30 Mars 2011.

(b) "Le syndicalisme, la politique et la grêve. France et Europe : XIX°-XXI° siècle" Editions de l'Arbre Bleu, 2011 (20€).

(c) "Les quatre âges du syndicalisme" Stéphane Sirot (lire) 

(d)  Tendance unificatrice, ou totalitaire, dont on mesure le poids dans la "vie politique" mais encore dans cet "Etat" européen réduit à un appareil administratif échappant aux rêgles de la démocratie parlementaire.

(e) Voir les élections professionnelles et la représentativité syndicale à la Sncf (Mars 2011).

(f) à venir sur "Autogestion MD" - "Pannekoek et le syndicalisme". 

Les quatre âges du syndicalisme (extraits) 

 

Texte en version intégrale sur le site de la FSU - Institut de recherches.

 

« […] de l’expérience collective et socialisatrice qu’il était auparavant, le travail s’est mué en une épreuve individuelle. Plus de trente années de « modernisation » ont abouti à une individualisation systématique de la relation au travail […]. Les collectifs de travail, si précieux pour une prise en charge commune des difficultés (à travers des pratiques de solidarité, d’aide et de transmission de conseils), et un décryptage de la souffrance en termes de rapport de forces et d’exploitation (en résonance avec les enjeux politiques, syndicaux, économiques), en sont sortis considérablement affaiblis . »

Le déclin des statuts et de la fonction intégrativedu salariat, déstabilise des organisations syndicales habituées à réfléchir en termes de solidarités collectives et d’acquisition de droits généraux. Et naturellement, en retour, un salariat sans cesse davantage précarisé et morcelé, encouragé à l’adoption de comportements d’essence individualiste, n’est guère enclin à se reconnaîtredans des structures renvoyant l’image de regroupements de travailleurs stables et protégés, tels les fonctionnaires. De surcroît, la situation de fragilité dans laquelle se trouve placée une large part des salariés du secteur privé, qui plus est dans un contexte de menace permanente du chômage, l’incite à contourner les prises de risques : selon une étude produite par la TNS-SOFRES en décembre 2005, « la peur des représailles » est la deuxième cause de non-syndicalisation, citée par 40 % des travailleurs du privé . Enfin, les valeurs de progrès, fièrement portées par le programme du CNR et largement mises en pratique durant les années 1945-1960, se trouvent brutalement remises en question et même inversées. La notion de « réforme », jusque-là synonyme d’amélioration des conditions sociales, se voit affublée d’une acception sacrificielle, qui triomphe avec la prise d’avantage idéologique du néolibéralismeau cours des années 1980 . Alors que le « réformisme avait depuis toujours été orienté à gauche », cette notion est en effet habilement instrumentaliséepar les organisations politiques de droite, jusqu’ici communément affublées du qualificatif de « conservatrices ». Cela produit une « guerredes réformismes » qui, habilement menée, permet aux partis traditionnellement proches du patronat d’incarner le « mouvement », au détriment des forces de la gauche politique et syndicale, renvoyées à leur « immobilisme » et à leur volonté de se cramponner aux avantages acquis, quitte à se placer en spectatrices égoïstes de la crise économique. La réussite de cette OPA rhétorique marque le passage d’un réformisme de réglementation généreux, familier des organisations de salariés, à un réformisme de déréglementation douloureux qui parvient à imposer sa légitimité. L’Europe occidentale d’une manièregénérale, la France de façon un peu plus tardive et particulière, dans la mesureoù le rôle protecteur de l’État y imprime une marque profonde sur le contrat social républicain, constate brutalement que le visage bienveillant du relatif équilibreatteint en matièrede partage des richesses se déchire, puis agonise pour laisser place à un creusement sans fin des inégalités. Ce portrait social à la Dorian Gray propulse le syndicalisme dans un abîme de difficultés inédites et multiples. L’impact le plus visible et le plus précoce de cette situation réside dans le déclin de la syndicalisation, manifeste dès le début des années 1980 et qui se poursuit à un rythme ralenti depuis une décennie .."

 

"Alors, quel avenir pour le syndicalisme ? Il n’est certes pas question ici de prétendre faire œuvre prémonitoire ou de trancher de quelconques débats. Il s’agit plus simplement d’en rappeler les termes et les enjeux. Tout au long du XXesiècle, le mouvement syndical s’est trouvé de plus en plus étroitement intégré à la société. Cela l’a orienté vers l’abandon de l’accomplissement d’un projet politique autonome, au cœur duquel l’action gréviste occupait une place de choix et qui lui semblait le placer en position de dépasser les clivages partisans, par la mise en exergue de la situation commune d’exploitation vécue par l’univers laborieux. Érigé en contre-pouvoir officiel, il s’est vite trouvé confronté à un mouvement de balancier l’écartelant en permanence entre, d’un côté, sa fonction d’opposition et de protestation, et de l’autre, la tentation légaliste vers laquelle le porte son institutionnalisation et que nourrit, a fortiori, le processus de recentrage. Ce dernier, accompagné de la transformation des règles de la représentativité des syndicats, laisse augurer d’un moindreéparpillement organisationnel, sur fond de réformisme en voie de généralisation. Cette notion n’a rien à voir avec l’éternel débat « réforme ou révolution » qui traverse également l’histoirepolitique du mouvement ouvrier . Elle doit êtreentendue ici comme un ensemble de pratiques dirigées vers la cogestion du système en place et endossées, en tant que telles, par une partie croissante des structures de défense du salariat. Dans cette configuration, les syndicats se trouvent, pour l’essentiel, cantonnés à des fonctions de domestication renforcée des velléités de contestation du salariat, d’instruments d’alerte pour l’appareil d’État en cas de montée des périls sociaux (comme en 2009) et de partenaired’affichage de discussions de façade, indispensables pour faire admettrel’existence d’une démocratie sociale qui, d’ailleurs, n’a jamais réellement pu s’épanouir dans notrepays . Cela dit, l’histoiren’est jamais linéaire. Une réflexion ouverte et assumée du mouvement syndical sur sa substance, ses principes, ses valeurs et ses racines historiques reste envisageable. S’il se tourne vers cette perspective, le syndicalisme ne peut guère se dispenser d’inventer un processus de re-politisation, non par des ancrages partisans privilégiés qui ne lui ont jamais véritablement réussi, mais par une intervention autonome dans l’espace de la cité et par la fabrication d’utopies propres à lui ouvrir un horizon et des perspectives de long terme, au-delà de la défense des intérêts immédiats des salariés, de toute façon chevillée au corps de son action. Au fond, le renoncement à la dimension utopique, idéologique et politique de l’action militante n’est pas forcément un gage de crédibilité ou de renforcement des capacités d’adhésion et de représentation du syndicalisme. Offrir en point de vue la transformation en profondeur des sociétés, réinvestir sans complexes les pratiques de mobilisation dont il a longtemps fait le paradigme majeur de son action, rien n’indique que tout cela ne serait pas tout autant en capacité de contribuer à redonner des couleurs au salariat organisé. S’il se laisse entièrement submerger par son rôle institutionnel et les sirènes de l’électoralisme qui lui laissent croire qu’il sauvera ainsi sa légitimité, le fait syndical français prend le risque d’abandonner toute forme de spécificité. Bref, l’équation qui se présente à lui en ce début de XXIesiècle pourrait êtreramassée en quelques mots : faire vivre ses singularités ou se banaliser. Mais arrivé là, l’observateur n’a plus qu’à se retirer. S’il lui appartient de rendreintelligible le temps long de l’histoire, il revient aux acteurs du temps présent de choisir la voie qu’ils veulent emprunter."

"Les Syndicats ont agi dans un sens de modération"

Stéphane Sirot - Metro 27/10/2010 

 

Le conflit sur les retraites semble s'essouffler. Comment l'expliquez-vous ?
Il faut faire attention à deux choses : la réalité des faits et ce qui ressort du discours. C'est vrai qu'il y a une tendance à la reprise du travail dans un certain nombre de secteurs, en particulier ceux qui sont partis en grève le plus tôt et qui ont une action visible, comme les raffineries ou les cheminots. Mais il y a en même temps des initiatives qui se déroulent toujours par ailleurs, du type débrayage dans les entreprises privées ou opérations-escargot. Toute une série d'éléments montrent donc qu'il y a encore une vivacité du mouvement. A côté de cela, on peut constater une volonté de marteler que le mouvement est en train de s'essouffler, avec l'idée qu'il faut passer à autre chose maintenant que la loi a été votée par le Parlement. C'est classique que le pouvoir politique porte ce discours. Ce qui est plus singulier, c'est que cette idée est aussi relayée par les grandes organisations syndicales, en particulier par la CFDT, mais elle n'est pas vraiment démentie par la CGT. Il y a une espèce de jonction des discours politique et des grands directions syndicales. De part et d'autre, on veut rechercher une sortie de crise. Cela pose un problème de la part des organisations syndicales : ça signifie, et c'est quelque chose d'assez inédit, qu'elles calquent désormais le temps social sur le temps politique. Or jusqu'à présent, ce n'était pas nécessairement le cas. On l'a vu en 2006 avec le CPE, où les manifestations ont continué après l'adoption de la loi.

Les syndicats sont-ils résignés ?
Je ne pense pas que ce soit une question de résignation. C'est plutôt l'illustration de ce que j'appelle un recentrage assez généralisé du syndicalisme. Il signifie notamment, de la part de la CGT et de la CFDT, une espèce de prévention face à des mouvements de trop grande ampleur. On veut éviter un rapport de force trop brutal comme celui qui était en train de se dessiner, avec les blocages, les grèves reconductibles. Ce recentrage du syndicalisme conduit à rechercher l'efficacité au moyen de journées d'action qui se répètent. Mais qui on le voit bien n'apportent quasiment aucun résultat et conduisent à chaque fois les syndicats, comme en 2003 et en 2009, à sonner la fin du mouvement sans que celui-ci ait obtenu quoi que ce soit.

Sortent-ils affaiblis de ce conflit ?
Oui et non. Ils sortent affaiblis dans la mesureoù si le mouvement s'arrête, cela fera quatre fois de suite, depuis 2003, que des mobilisations de cette ampleur ne débouchent sur rien. C'est un problème : il va devenir difficile pour les syndicats de convaincre que la pratique des journées d'action est efficace. En même temps, ce n'est pas forcément quelque chose qui va les décrédibiliser durablement. Si Nicolas Sarkozy était battu en 2012, les organisations syndicales auront alors prouvé que un an et demi après, leur mouvement aura eu une forme d'efficacité politique. En revanche, si Nicolas Sarkozyétait réélu, ce serait une défaite en rase campagne pour elles. Elles auraient à la fois échoué sur le moment et dans les conséquences politiques du mouvement. Un autreproblème se pose par ailleurs aux syndicats : une forme de ressentiment qui risque de perdurer entre les salariés qui sur le terrain ont montré leur détermination et les directions confédérales qui ont plutôt agi dans un sens de modération.

Quelles peuvent-être les suites du mouvement aujourd'hui ?
Il va être difficile pour les salariés de résister à ce matraquage cherchant à convaincre que c'est fini. Ce discours est porté par tout le monde : le pouvoir, les syndicats, les principaux médias. Dans ce contexte, ce qui va se passer entre jeudi prochain et le jeudi suivant sera déterminant. Jeudi prochain, c'est le premier grand test d'après adoption de la loi. Le jeudi suivant, c'est la reprise des cours pour les lycéens. La réaction qu'ils auront va être un élément déterminant : si les lycéens, qui sont plus difficilement contrôlables, continuent de se montrer déterminés, là ça peut modifier la donne.

La réforme peut-elle encore avoir le destin du CPE ?
On n'a pas le même cas de figure pour deux raisons. La première, c'est que le mouvement du CPE était porté par la jeunesse, alors que celui d'aujourd'hui a été déclenché par le monde du travail. L'autre différence, c'est que lors du mouvement du CPE, les organisations de jeunesse et les syndicats de salariés s'étaient montrés déterminés jusqu'au bout à obtenir le retrait de cette loi et ne tenaient pas ce discours qui consiste à dire qu'une fois la loi votée, on arrête ou on recherche d'autres moyens. De ce fait, ça va être difficile d'obtenir un éventuel retrait.

"Truismes de gauche."

 

Stéphane Sirot

L'Humanité, repris sur "C'est pour dire", un blog du Monde. 13/02/2009

 

Vous voulez convaincreun voisin ou un proche, attiré par les sirènes misérabilistes des discours de faux bon sens ambiants, qu’un autre monde est possible et qu’il doit forcément pencher vers la gauche ? Alors revenez-en à quelques saines évidences. Posez quelques questions simples.

On vous dit que des économies sont nécessaires, que dans un univers de compétition mondialiséel’État ne peut plus se permettred’êtresocial ? Demandez pourquoi après la Seconde Guerre mondiale, dans un pays exsangue, il a été possible de créer la Sécurité sociale, de nationaliser les grands secteurs économiques, de multiplier les droits sociaux. Dans une France plusieurs centaines de fois plus riche qu’il y a soixante ans, on serait donc obligés de tout brader ?

On vous dit que la France ne peut plus vivreau-dessus de ses moyens, qu’en voulant préserver votre statut et continuer de protéger des plus exposés aux aléas de la vie, vous êtes décidément un fieffé dépensier sans cervelle ? Soulignez qu’àde très rares exceptions près (comme l’année 2009…), notrepays a continué de produirechaque année des richesses, certes moins vite que pendant les « trente glorieuses », mais en a produit quand même. Et rappelez, en cas d’oubli et contrairement à ce qu’on semble vouloir nous faire croireparfois, que la France ne fait pas encore partie du tiers-monde…

On vous dit que la France vieillit, qu’il y a de moins en moins de jeunes actifs, que l’espérance de vie s’allonge, donc qu’il faut travailler pourquoi pas jusqu’à 70 ans ? Répondez que d’après le très sage Comité d’orientation des retraites, à peine 0,4 % de cotisations en plus auraient pu suffire à maintenir les 37,5 annuités d’antan.

On vous dit qu’avec des caisses vides, des entreprises soumises à une concurrence féroce, on ne peut pas augmenter les salaires et encore moins améliorer le pouvoir d’achat ? Rétorquez que les services de la Commission européenne, peu connus pour être un repère de gauchistes, ont chiffré à quelque 170 milliards d’euros le transfert annuel des richesses du travail vers le capital. Ajoutez que la part des dividendes versée aux actionnaires a été multipliée par cinq au cours de vingt dernières années.

Pour clore le tout, terminez en rappelant que sous nos yeux, pris la main dans le sac, les États occidentaux ont sorti de leur chapeau de magicien des centaines de milliards et procédé à des nationalisations honteuses.

Et si tout était possible, finalement ?

Publié dans Syndicalisme

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