Décroissance, écologie, le Castoriadis de Serge Latouche (Sarkophage)

Publié le par Mae Bat

LECTURES- NOTES. 

"Révolution signifie une transformation radicale des institutions de la société. En ce sens je suis certes un révolutionnaire. Mais pour qu'il y ait une telle révolution, ilfaut que des changements profonds aient lieu dans l'organisation psycho-sociale de l'homme occidental, dans l'attitude à l'égard de la vie, bref dans son imaginaire.

Il faut que l'idée que la seule finalité de la vie est de produire et consommer davantage - idée à la fois absurde et dégradante - soit abandonnée ; il faut que l'imaginaire capitaliste d'une pseudo-maîtrise pseudo-rationnelle, d'une expansion illimitée soit abandonné.

Cela, seuls les hommes et les femmes peuvent le faire. Un individu seul, ou une organisation, ne peut, au mieux, que préparer, critiquer, inciter, esquisser des orientations possibles." (C.C., p.306)  

Lors de cet entretien, en 1992, il y a près de vingt ans, Cornélius Castoriadis ne pouvait concevoir le developpement de la pauvreté telle que nous la connaissons aujourd'hui. L'accumulation de richesses -si la somme des consommations peut paraitre excessive- se partage selon un mode toujours plus inégalitaire. L'exclusion sociale se double d'un déficit de démocratie, de représentation, qui a son territoire, ses stigmatisations, ses "trafics", les quartiers de banlieue ; même si nous ne devons pas ignorer la pauvreté en monde rural. Pareillement, si l'écologie a donné naissance à un capitalisme vert, ce qui n'est pas critiquable en soi au regard des canons de notre société, elle s'est également inscrite dans le déploiement d'une société autoritaire et le plus souvent socialement injuste comme nous l'avons constaté lors des "Grenelles de l'environnement". Ce sont là deux évolutions majeures à prendre en considération et qui portent également cette mise en garde de Castoriadis dans ce même texte, "le danger principal pour l'homme est l'homme lui-même". M.B.


"CASTORIADIS, penseur de la démocratie écologique et précurseur de la décroissance."    Serge Latouche, Le Sarkophage 15 Janvier-12 Mars 2011.

Dans son article Serge Latouche revient sur l'un des textes compilé dans le volume ci-dessous, un entretien titré sur "la force révolutionnaire de l'écologie". Voyons comment il nous présente et son article et cette publication que vous trouverez en kiosque, "Le Sarkophage", "Le Sarkophage porte le projet d'une nouvelle gauche antiproductiviste. La décroissance est l'une de ses sensibilités, l'un des langages de ce projet. Ce projet d'une société de décroissance articule un ensemble de thématiques qui entrent en résonnance avec la pensée de Cornelius Castoriadis. On peut regrouper celles-ci autour de deux axes principaux : la démocratie écologique, d'une part, et la décolonisation de l'imaginaire, d'autre part."

Il n'est pas ininteressant que ce soit en évoquant (en invoquant ?) LIP que ce projet se dessine, tout à la fois récit mythique et réalité politique(a) : "L'autonomie de la personne se prolonge nécessairement au niveau économique, c'est pourquoi l'autogestion des collectifs de travail tient une grande place dans sa vision. Comment fonctionnerait cette société politique et économique autonome ? L'expérience en 1973 des "LIP", du nom de cette entreprise d'horlogerie bisontine trahie par son patron et reprise puis gérée par ses salariés, en dépit de l'hostilité de certaines directions syndicales, en a démontré la richesse et la faisabilité."

Mais encore faut il combattre la religion du progrès, en décoloniser l'imaginaire "Il faut que l'idée que la seule finalité de la vie est de produire et consommer davantage - idée à la fois absurde et dégradante - soit abandonnée ; il faut que l'imaginaire capitaliste d'une pseudo-maîtrise pseudo-rationnelle, d'une expansion illimitée soit abandonné.". Celà aussi nous ramène aussi aux écrits de Georges Sorel, "les illusions du progrès", à une tradition du socialisme français, du socialisme de Proudhon, que l'on peine encore à prendre pour référence.

Dans un autre article de cette même publication, revendiquant l'héritage luddite, et donc intitulé "On arrête parfois le progrès", C. Biagini et G. Carnino vont plus avant : "Quand les progressistes disqualifient toute critique des évolutions technoscientifiques, ne se font-ils pas les apôtres d'une religion moderne ? Cette croyance en la linéarité de l'histoire assimile toute opposition à la marche du progrès à une régression : nous viendrions de temps obscurs pour nous diriger vers un avenir radieux. Les réactionnaires d'aujourd'hui sont ceux qui refusent de questionner la voie sans issue du developpement, de la croissance et de l'emprise technologique. Ils veulent surtout rien changer dans leurs rapports au monde, fondés sur la toute-puissance et la volonté de maîtrise totale."

Serge Latouche nous offre en conclusion quelques perspectives de combat, se référant aux Casseurs de pub, "Dénoncer l'agression publicitaire, véhicule de l'idéologie aujourd'hui est certainement le point de départ de la contre-offensive pour sortir de ce que Castoriadis appelle "l'onanisme consommationniste et télévisuel"." Ce qui nous semble une réponse bien timide après l'énoncé assez catastrophique, réaliste, de la situation.

(a) A lire prochainement ici "LIP l'autogestion ? oui et non." 

 

"Le Sarkophage" - Les Temps Mauvais BP1195 69203 LYON cedex 01 

Castoriadis Une société à la dérive "Le régime a écarté de lui-même les quelques moyens de contrôle que cent cinquante ans de luttes politiques, sociales et idéologiques avaient réussi à lui imposer. [...] Les firmes transnationales, la spéculation financière et même les mafias au sens strict écument la planète, guidées uniquement par la vision àcourt terme de leurs profits." Ces jugements pouvaient sembler excessifs quand ils furent formulés il y a une quinzaine d'année par Cornélius Castoriadis. Il n'en est peut être plus de même aujourd'hui. Face à la réalité d'un monde caractérisé par la destruction des significations, la décomposition des mécanismes de direction et le retrait des populations de la sphère politique, Castoriadis a defendu inlassablement - comme on peut le voir dans un ensemble d'entretiens et de débats - le projet d'une société autonome : une société réellement démocratique qui se donne ses propres lois et où tous participent effectivement aux affaires communes." l'Editeur Janvier 2011 

Publié dans Textes - Castoriadis

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