Le syndicalisme réformiste et la dette - la CGT française et l'austérité.

Publié le par Mae Bat

II. Le Syndicalisme et "la crise de la dette".

Il a pu paraître surprenant que ce communiqué, important, de la CGT soit classé dans une rubrique "Economie" ; l'appel à une autre répartition des richesses qui le conclut ne peut se réaliser sans un changement profond de société, sans un approfondissement des règles de la démocratie vers davantage de participation et cela y compris dans les entreprises avec la mise en place d'un réel contrôle ouvrier, ce sont là autant de décisions politiques.

En réalité, ce communiqué semble vouloir ignorer les causes structurelles qui ont conduit aux politiques mises en oeuvre aujourd'hui par différents types de gouvernements en europe. Pourtant de cela nous avons des indices récents, l'attitude du secteur bancaire dans la spéculation sur la dette des Etats, la défense de l'euro et des politiques mises en oeuvre par la Banque centrale européenne et jusqu'à l'intervention de celle-ci pour définir la politique du gouvernement Italien.

Ainsi pas un mot n'est dit de la volonté d'inscrire "la règle d'or", c'est à dire le désengagement des Etats nationaux, dans les Constitutions européennes. Pas un mot de ce qu'il convient pourtant de considérer comme le premier acte politique de gouvernance oligarchique de la zone euro. Car la mise en oeuvre des politiques libérales ne pouvaient sans doute pas résulter de la seule volonté des agences de notation, venues là comme des morpions sur le cul du monde, sans plus.

 

L'abstinence politique est cependant levée le 18 Août quand l'Intersyndicale ouvre son communiqué en faisant part de son inquiétude pour "la stabilité de la monnaie commune et l'avenir de l'Union européenne" des conséquences des politiques menées aussi par le président Sarkozy. Il n'est alors plus question que de sauver ces mêmes superstructures économiques et politiques et d'en faire dépendre la défense des intérêts des salariés et déjà de la maîtrise des déficits publics.

On imagine bien que la maîtrise des déficits publics entrainera des renoncements réalistes comme sur la retraite à 60 ans, mais le communiqué exprime le souhait d'une "réduction" et non d'une disparition des inégalités, en conclusion de quoi une concertation avec le gouvernement est certainement nécessaire.

Une telle concertation trouvera certainement à se conclure à la manière de Dalladier, après les accords de Munich, et dans le style de Bernard Thibault, "cela aurait pu être pire !". Mais l'on connait déjà la portée des accords de Munich .. 

"A la crise économique et sociale de 2008 aux effets durables, s’ajoute la crise des dettes publiques de la zone Euro. Celle-ci et la nature des réponses politiques apportées par l’Union et les états membres menacent en permanence la stabilité de la monnaie commune et l’avenir de l’Union Européenne. Les conséquences sont lourdes pour les salariés. [...]

Pour l’intersyndicale, des réponses nouvelles priorisant l’emploi, la cohésion sociale (protection sociale, services publics,…), la réduction des inégalités (une autre répartition des richesses, le pouvoir d’achat, une autre fiscalité), la maîtrise des déficits publics sont urgentes. [...] " Communiqué CGT CFDT UNSA SOLIDAIRES FSU 18 Aout 2011

 
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IL FAUT EN FINIR AVEC LA DICTATURE DES MARCHES FINANCIERS.

Les marchés financiers sont de nouveau secoués. Cette fois-ci la cause en est la dégradation de la note par l’agence de notation Standard & Poor’s des obligations émises par l’Etat américain.

Après les mêmes pratiques récentes sur des Etats européens, une agence de notation se permet de risquer de fortes secousses avec des conséquences qui peuvent être lourdes sur l’économie réelle, la croissance, l’emploi, les salaires …

Une fois de plus, des officines privées se permettent de juger et de tenter de changer, par pressions des marchés financiers, la politique économique de pays (dont aujourd’hui celle des Etats-Unis, première économie mondiale) vers toujours plus d’austérité. Elles s’arrogent un rôle qui doit être celui des Etats sous contrôle démocratique de leurs citoyens. Pour le moment tétanisés par leur incapacité à réguler la finance, les Etats s’y soumettent, au lieu de s’appuyer sur les exigences des peuples.

Ce nouvel épisode met en évidence le bien-fondé d’une exigence forte qui prend partout dans le monde : il faut mettre fin à la dictature des marchés financiers pour dynamiser l’économie, créer des emplois stables, augmenter les salaires et soutenir l’investissement productif.Valérie Pécresse, ministre du Budget, annonce : « La France sera au rendez-vous de la réduction de son déficit cette année et l’année prochaine ».

De tels propos, visant à donner des gages aux marchés financiers, témoignent du fait que nos responsables politiques ne veulent pas admettre que les politiques de sauvetage des marchés financiers, mises en place depuis trois ans, sont contre-productives et en opposition à l’intérêt général.

Les programmes d’austérité exigés par les marchés financiers conduisent à la hausse du chômage et de la précarité, pèsent sur les salaires, les pensions et les minima sociaux, donc sur le pouvoir d’achat, et affaiblissent le potentiel de croissance économique.

On ne peut pas sortir de cette crise en donnant encore et toujours plus de gages aux marchés financiers : les « plans de sauvetage » se multiplient et à chaque fois la somme d’argent nécessaire pour sauver les financiers augmente. Cet argent aurait pu, et doit, être mobilisé au service de l’emploi et de l’investissement productif.

Pour sortir de cette crise, il faut remonter à la source : il faut revaloriser le travail.

Il faut créer des emplois qualifiés et stables, augmenter les salaires, dynamiser l’investissement productif.

Il faut mettre fin aux programmes d’austérité. Au lieu de réduire les moyens des services publics et geler les traitements dans la fonction publique, ce que fait le gouvernement, il faut augmenter les dépenses utiles comme celles de l’éducation, de la santé et des infrastructures.

Il faut en revanche supprimer les niches fiscales et sociales inutiles, augmenter l’impôt sur les hauts revenus et taxer les transactions financières.

Il faut, enfin, stopper les capacités de manœuvre et de nuisances de la sphère financière et spéculative au profit d’une capacité de décisions de l’économie réelle sous contrôle démocratique.

La CGT porte ces exigences et appelle à porter d’autres choix pour une autre répartition des richesses par la mobilisation des salariés, retraités et privés d’emploi notamment par une journée d’action interprofessionnelle à la rentrée.

Montreuil, le 8 août 2011

   

Publié dans Syndicalisme

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