La Confederation Europeenne des Syndicats au coeur des stratégies d'adaptation à l'ordre liberal européen

Publié le par Mae Bat

 III Le syndicalisme et "la crise de la dette".

L'unification syndicale n'est pas nécessairement un moyen de renforcement de la lutte des classes, ni même du syndicalisme, lapreuve nous en est offerte par la Confédération européenne des syndicats (CES) qui pour le versant Français fédère la CGT, la CFDT, FO, l'UNSA et bientôt peut être la FSU.

Comme le montre l'article du M'Pep la CES apparaît davantage comme un outil d'intégration et de transformation des organisations syndicales conformément aux objectifs de l'Union Européenne (Traité de Lisbonne) que comme outil fédérateur des luttes, outil qui fait peut être défaut au plan européen mais dont l'absence ne doit pas nous faire ignorer des objectifs plus immédiats : faire le ménage dans nos Confédérations, faire triompher des orientations de lutte des classes. 

De l'article du M'Pep nous retiendrons le caractère non démocratique des institutions européennes qui sont un obstacle à la négociation et un facteur favorisant en retour le Lobbyisme et l'abandon du militantisme au profit du carriérisme. L'adaptation du syndicalisme aux principes du libéralisme étant acquis par la reconnaissance du Traité de Lisbonne incluant la circulaire de privatisation des services publics et faisant interdiction aux États de recourir à des mesures protectionnistes pour défendre leurs régimes sociaux. Mais nous retiendrons d'abord le refus des Confédérations de prendre en compte ces données structurelles, politiques, dans l'élaboration de leurs stratégies de lutte, ainsi vouées à l'échec. 

 

NOTE - Pourquoi privilégier la publication de larges extraits d'un article du M'Pep sur le syndicalisme ? Tout d'abord parce que cette organisation developpe une approche politique social-démocratecohérente. Quand nous parlons ici de politique social-démocrate nous avons en tête, par exemple, les politiques développées par le gouvernement Chavez au Vénézuela, c'est dire en même temps que nous distinguons ces politiques social-démocrates des politiques révolutionnaires que nous aurions par ailleurs du mal aujourd'hui en France à identifier avec une quelconque organisation, autour d'un programme cohérent. Ce qui ne signifie pas que les prémisses n'en existent pas, mais le poids du passé y compris avec ses plus dramatiques erreurs en compromet le développement. Enfin parce que l'objet de ce blog est aussi de réunir ici les éléments permettant de faire avancer la compréhension de notre situation.

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[...] Les forces antilibérales constatent qu'il existe désormais un espace de pouvoir transnational sur lequel elles n'ont aucune prise puisqu'il n'est le produit d'aucune dynamique électorale. De fait, l'Union européenne cantonne les forces sociales soit à un travail de lobbying auprès des instances européennes, soit à des mobilisations qui n'ont pas la force de peser sur le cours des choses. Néanmoins, face à ce mur institutionnel, la plupart des organisations politiques et syndicales de cette mouvance assume une stratégie résolument tournée vers le continent. Ce mouvement européen apparaît comme une nécessité, notamment face à la montée de la xénophobie et de l'urgence sociale et il importe en effet d'affirmer des solidarités positives entre travailleurs de différents pays, face à une Europe qui les met en concurrence. Il est effectivement indispensable de rappeler que les travailleurs de tous ces pays sont objectivement liés par des intérêts communs au delà des frontières. Il s'agirait donc de construire un mouvement syndical européen qui permettrait d'unir les combats au delà des frontières, de mener campagne sur des mots d'ordres communs dans plusieurs États.

 

[...] John Monks, l'ancien secrétaire de la CES était issu de la bureaucratie des Syndicats britanniques et y avait fait carrière avant de devenir le responsable de la CES. La nouvelle secrétaire de la CES, Bernadette Ségol, est une française qui n’a jamais adhéré à un syndicat en France !Elle a commencé comme stagiaire (pas comme militante) à la Fédération Internationale du Textile. Sa carrière s’est poursuivie à UNI-Europa (organisation européenne des services) jusqu’à la direction de la CES. C’est pour le moins un paradoxe que la responsable soit une française qui n’a jamais adhéré à aucun syndicat français... Cette conception d'un syndicat pour carriéristes, d'un syndicat bureaucratique et lobbyiste, est davantage dans la tradition d'une tendance travailliste et social-démocrate que dans celle de la CGT, de FO ou la FSU.

 Ceci contribue t-il à expliquer, par exemple, que la CES ait soutenu activement le traité constitutionnel européen en 2005 alors qu’une grande partie du salariat européen le rejetait ?

 

[...] Les adhésions de la CGT, de FO et de la FSU à la CES permettent désormais aux idées réformistes de cette dernière de gouverner les centrales syndicales françaises. Ainsi, lorsque la CGT a adhéré à la CES, l'idée dominante qui la traversait était qu'elle allait réussir à la « gauchiser ». Mais c'est bien sûr l'inverse qui s'est produit. Pour exemple, la Fédération CGT des Services Publics a tenu son congrès dernièrement. L'une de ses résolutions appelle au développement d'une « République sociale décentralisée », c'est à dire de la montée en puissance de nouveaux espaces de souveraineté au niveau infra-national. Cette revendication, loin de combattre le projet d'une l'Europe des Régions voulues par les partisans du fédéralisme européen, s'en fait clairement la porte parole. Voilà qui ne clarifie pas les positions de la CGT par rapport à la réforme des collectivités territoriales voulues par l'actuel gouvernement.

 Le « manifeste d’Athènes »,adopté lors du dernier congrès de la CES, est-il le signe attendu de cette « gauchisation » ? Les apparences sont trompeuses : dans les mots, si ce manifeste marque une avancée vers une critique plus radicale de l'euro-libéralisme, dans les faits par contre, nombre des propositions qu'il fait sont inapplicables dans le cadre du traité de Lisbonne... que par ailleurs la CES approuve ! 

 

[...] Les syndicats français ont sur la question européenne une position schizophrénique. Lorsqu'il s'agit de mobiliser à l'intérieur du territoire national, par exemple contre la libéralisation de la Poste, contre la réforme des retraites, ou encore contre la réforme de la perte d'autonomie et de la dépendance, les textes, les discours et les slogans sont « franco-français ». Il n'y est que rarement fait référence à la responsabilité de l'Union européenne. Voilà qui est dommageable pour la crédibilité de ces organisations, alors qu'il s'agit de faits indiscutables. Ainsi, la directive postale européenne était déjà vieille de dix ans au moment de la mobilisation contre la privatisation de la Poste et elle a continué à être ignorée. ...

Or, ce qui n'est jamais abordé, c'est la possibilité d'agir contre les directives libérales de l'Union européenne dans le cadre national. Et pour cause : les positions de la CES interdisent aux organisations syndicales qui en sont membres de revendiquer – par exemple - des mesures protectionnistes au niveau national lorsqu'elles s'imposent.

 

[...] On ne peut pas revendiquer pour les salariés français un droit à la retraite à 60 ans sans décote sans exiger en même temps des mesures à caractère protectionniste. En effet, la course à la compétitivité orchestrée par les politiques de mondialisation (libre circulation des capitaux et des marchandises) engendre une pression sur les salaires et les systèmes de protection sociale les mettant de fait en concurrence. C’est pourquoi, il faut – pour protéger les systèmes sociaux les plus avancés – mettre fin aux politiques de libre échange qui encouragent le moins disant social et écologique. Pour le faire, la solution consiste donc bien pour les travailleurs à revendiquer que soient (re)mises en place des barrières douanières.



 [...] La Directive « services », anciennement appelée Directive « Bolkestein »,figure dans le traité de Lisbonne. Elle affaiblit le principe des services publicssur le plan de la législation dans le but d'en faciliter la libéralisation. En effet, l'Union européenne organise la libéralisation des services publics en produisant du droit. Or, le droit européen prime sur le droit national depuis que la constitution française a été modifiée par Sarkozy, en 2007. Par conséquent, toute décision politique visant à protéger les services publics français des directives européennes de libéralisation serait anticonstitutionnelle.

Malheureusement, les organisations syndicales françaises ne revendiquent pas la primauté du droit national sur le droit européen !Les luttes engagées pour défendre le système de santé, l'école, les transports publics, l'énergie (etc.) sont dans l'impasse pour la raison que cette revendication n’apparaît nulle part. Les élus, de droite et de gauche, se cachent derrière l'inéluctabilité des choses, en raison de l'avancée du droit européen, pour se dédouaner de toute responsabilité.

 Revendiquer la primauté du droit national sur le droit européen, c'est exiger des élus, notamment les élus de gauche, tant au plan national qu'au niveau des collectivités, qu'ils pratiquent la désobéissance européenne.

 

[...] L'impuissance supposée de la CES cache mal ses arrières pensées politiques. Il est décidément impossible d'être en même temps dans le système et en dehors du système ! Le lobbyisme de la CES n'a en réalité pas grand chose à voir avec le syndicalisme. D'autres pistes doivent être recherchées. Par exemple : est-il absolument nécessaire de passer par une mégastructure confédérale à l'échelle continentale pour coordonner des luttes et construire des solidarités ? Et quand bien-même d'aucun estimerait cette option incontournable, les passerelles entre organisations syndicales nationales doivent être construites sur des bases qui proposent une rupture claire d'avec le système politique de l'Union européenne. Rupture qui implique - par la force des choses - une stratégie de désobéissance et une autre de protection à visée internationaliste.

 "La Confédération Syndicale Européenne dans le bourbier européiste".

Mpep77

   
   
 

cgt-sff.jpgComme avec les autres services publics, la privatisation du secteur ferroviaire signifie les trains plus cher, la fermeture des lignes «non rentables», la seule concentration sur les marchés les plus souhaitables, l'abandon du trafic régional et le ski de lignes en faveur des grandes entreprises européennes des connexions haute vitesse, et la dégradation de la sécurité ferroviaire.

La Fédération des chemins de fer fédéraux de la CGT (État espagnol) et la Fédération de SUD RAIL (France) réaffirment leur détermination à travailler ensemble dans la défense d'un service public ferroviaire qui réponde aux besoins sociaux servis par les entreprises publiques avec leur propre personnel . Nos syndicats ont décidé de relancer l'action syndicale internationale avec les syndicats européens de travailleurs des chemins de fer qui poursuivent les mêmes objectifs .

CGT Espagne - France Sud Raill

Publié dans Syndicalisme

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