Révolution et contre-révolution en Egypte, un automne arabe ?

Publié le par Mae Bat

TENDANCE. 

"Il s'agirait d'enlever l'hégémonie à une oligarchie qui par sa frivolité, ses vices et son inutilité ne peut trouver aucun défenseur de bonne foi. Malheureusement l'histoire a montré qu'une telle réforme sociale est le plus souvent très difficile à réaliser, parce qu'elle devrait commencer par vaincre des forces d'inertie capables de décourager les plus braves."G. Sorel "Le bolchevisme en Egypte" 1920 

Les informations qui parviennent de Tunisie ou d'Egypte nous apportent la confirmation que rien d'essentiel n'avait changé dans ces deux pays ou s'illustra "le Printemps Arabe", sauf, peut être, une certaine liberté d'expression et d'organisation. Aussi, nous soulignons ici, à travers les publications d'Alain Gresh et du Monde Diplomatique concernant l'Egypte, l'effort de construction d'un syndicalisme indépendant à la fois dans l'industrie et chez la petite paysannerie.

Ce qui doit bien sûr retenir notre attention c'est, malgré des différences quand à la nature du régime politique, une même incapacité des pouvoirs à répondre aux revendications populaires que ce soit en Grece ou en Egypte, c'est là incontestablement un effet de la mondialisation qui si elle joue des diversités sociales poursuit un même objectif de prédation des peuples et des nations sous la houllette ici du FMI, là de l'Union européenne.

Ainsi au titre des revendications sociales qui se jouent des frontières du bassin Méditerranéen, un emploi et un salaire décent avec souvent à la clef, comme ici en Egypte, la question des privatisations de l'industrie ou des services publics comme en Grece ou en France. Et de partout la volonté de la bourgeoisie de faire échec à des politiques industrielles qui échapperaient à "la division internationale du travail" entre les nations, à la mondialisation et donc  chomage et misère pour le plus grand nombre, fortunes scandaleuses pour l'oligarchie et les spéculateurs, les agioteurs.

 

Déjà publié ici : Syndicalisme et mouvement social en Egypte (Printemps Arabe)


 
".. Que s’est-il passé dans la nuit du 28 au 29 juin ? Il est difficile de se faire une idée précise sur l’élément déclencheur des violences (pour les différentes versions, lire « Who pulled the first punch ? Conflicting accounts of the Martyrs’ Day of Rage in Tahrir », Ahramonline, 30 juin). Des familles de martyrs de la révolution tenaient une réunion dans un théâtre ; certaines autres familles ont essayé de s’y joindre mais auraient été interceptée par la police, qui a opéré des arrestations. Elles se sont alors repliées sur la place Tahrir où d’autres arrestations ont eu lieu, les policiers utilisant des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes. Des centaines de personnes se sont alors jointes aux manifestants et les combats ont duré toute la nuit (on trouvera une chronologie heure par heure sur le site d’Ahramonline. Selon les chiffres du ministère de la santé, une millier de blessés dont 124 ont été hospitalisés. .." "La Place Tahrir s'embrase à nouveau" 

".. C’est là [Helwan au sud du Caire] que Gamal Abdel Nasser a créé, dans les années 1960, l’usine du fer et de l’acier, symbole de l’industrie lourde qui devait arracher le pays au sous-développement — elle reste l’une des dernières à ne pas avoir été privatisée, mais ne compte plus que 11 000 ouvriers, contre 19 000 à son apogée. M. Kamal Abbas, qui dirige le Center for Trade Union and Workers Services, y a lui-même travaillé avant d’être licencié à la suite d’une grande grève en 1989. Après un passage par la case prison, il crée le centre pour apporter d’abord une aide juridique aux ouvriers et, plus tard, pour promouvoir la création de syndicats indépendants. « Je me suis appuyé sur l’histoire du mouvement ouvrier. Il avait déjà existé une organisation du même type en 1936-1937. » La mémoire du mouvement ouvrier reste vivace, notamment celle des grandes grèves de 1946, animées par le comité national des ouvriers et des étudiants, qui manifestait à la fois pour le départ des Britanniques et pour la justice sociale. Mais, contrairement aux vagues révolutionnaires de 1919, 1936, 1946 et 1950-1952, celle de 2011 est centrée sur les problèmes intérieurs, pas sur la lutte contre l’occupation étrangère.

Aujourd’hui, M. Abbas brise des lances contre la Fédération des syndicats égyptiens (FSE), la courroie de transmission de l’ancien régime. Depuis les années 1950, il n’existait qu’un syndicat officiel, auquel on était obligé d’adhérer et qui était soumis au Parti national démocratique (PND), aujourd’hui dissous. La FSE compte, selon les estimations toujours sujettes à caution ici, entre 3 et 4 millions de membres. Elle a toujours servi de courroie de transmission pour soutenir les principaux tournants politiques. Ainsi, en 1977, Anouar El-Sadate a emmené avec lui à Jérusalem le président du syndicat, et M. Hosni Moubarak a obtenu le soutien de la FSE pour sa politique de privatisation. La plupart des cadres, au niveau national, sont des membres du PND, même si le pouvoir accorde des strapontins à des partis d’opposition. Dans ces conditions, il ne faut pas simplement réformer la FSE.

« C’est la philosophie même imposée par le régime en 1957, explique M. Abbas, en fait la nationalisation de la société civile, sa mobilisation au service du régime, qu’il faut remettre en cause. Voulons-nous vraiment garder cette structure bureaucratique, verticale, avec adhésion obligatoire ? Le CSFA a dissous l’assemblée nationale et le majliss al-choura [le Sénat égyptien, aujourd’hui dissous], parce que les élections avaient été truquées. Mais il faut aussi dissoudre la structure syndicale où les résultats du scrutin étaient fixés par la sécurité d’Etat. J’ai déposé une demande en ce sens devant les tribunaux. » Elle était, en cette fin juin, en cours d’examen. .." (Lire)

"Egypt shaped at the grass roots", Philip Marfleet, 25/06/2011

Les nouveaux syndicats, qui se sont organisés pour former conjointement la Fédération égyptienne des syndicats indépendants (FESI), ont reçu le soutien enthousiaste du mouvement syndical international. Ils ont pour objectif de recruter dans les secteurs public et privé, de manifester leur solidarité à ceux en conflit avec les employeurs, dont l’État lui-même.

Une demande clé soutenue par de nombreux groupes syndicaux est un salaire minimum mensuel national de 1.200 livres égyptiennes (125 £). Le ministre des Finances Samir Radwan a annoncé un chiffre de 700 livres égyptiennes pour la prochaine année fiscale, et une aspiration à atteindre £ 1,200 égyptiennes dans les cinq ans. Son annonce a provoqué la colère des militants syndicaux, qui affirment que la hausse des prix signifie que des millions d’Egyptiens sont confrontés à une crise de survie et ont besoin d’une augmentation significative immédiatement.

Les employeurs se sont opposés même aux modestes £ 700 de Radwan : Gamal Bayoumi, chef de l’Union des investisseurs arabes , a déclaré à un récent forum économique que les hausses salariales étaient "une plaisanterie » qui menaçait la croissance économique." Le ministre de l’Emploi Ahmed El-Boraei avait averti : "Si nous disons non [au salaire minimum] les Egyptiens vont frapper à Tahrir à nouveau."

Un second domaine de mobilisation populaire se trouve à la campagne. Là les paysans réclament des terres acquises à la suite de réformes initiées dans les années 1950 sous le gouvernement de Gamal Abdel-Nasser, mais qui avait été « dé-séquestrées" sous Moubarak et restituées aux familles de propriétaires terriens, qui les détenaient pendant la période coloniale. Depuis Février, il ya eu de nombreux "empiètements" » par des groupes de paysans sur des terres qu’ils cultivaient jusqu’à ce que dans les années 1990 les anciens propriétaires ont invoqué une loi qui leur a permis d’imposer d’énormes augmentations des loyers et leur a offert la possibilité d’expulser les fermiers. En mai les militants paysans ont créé une nouvelle organisation nationale avec des objectifs qui incluent la récupération des terres des propriétaires privés. La Fédération indépendante des agriculteurs égyptiens dit qu’elle a recruté des milliers de fallahines (cultivateurs) dans 16 provinces du pays.

"La Place Tahrir s'embrase à nouveau"

Alain Gresh Blog du Monde Diplomatique (30 Juin 2011) 

Publié dans Tendances Pays Arabes

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