Manifestement patriotique, le Programme du Conseil National de la Resistance (1944)

Publié le par Mae Bat

Les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut leur ravir ce qu’ils n’ont pas. Comme le prolétariat de chaque pays doit en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s’ériger en classe dirigeante de la nation, devenir lui-même la nation, il est encore par là national, quoique nullement au sens bourgeois du mot. ...Abolissez l’exploitation de l’homme par l’homme, et vous abolirez l’exploitation d’une nation par une autre nation. Du jour où tombe l’antagonisme des classes à l’intérieur de la nation, tombe également l’hostilité des nations entre elles.

(Marx et Engels, le Manifeste du Parti communiste.)

De l'union nationale à l'union des liquidateurs.

Les contradictions de notre époque ne sont pas minces et ainsi de voir mettre à l'index ceux qui conservent pour référence de leur action la Nationet non pas l'Union européenne ; mis à l'index par d'autres qui dans le même temps n'ont guère de scrupules à exprimer des regrets (mais parfois non, comme au Parti "socialiste") devant la mise à mal des réformes social-démocrates issues de la Résistance, du programme du Conseil National de la Résistance de 1944.

Mais peut être, sur un ton plus polémique, devrait on chercher là l'origine des stratégies par avance vouées à l'échec, stratégies mises en oeuvre pour, soit disant, défendre les retraites ou les services publics, .. stratégies des intersyndicales qui aident indirectement au succès des projets de l'Union européenne. Il faut parfois de grands mots pour tenter de cacher les plus honteuses trahisons, ici l'on tente parfois de nous faire confondre l'internationalisme et la mondialisation.

Mais la campagne électorale en cours nous réserve encore des trésors de démagogie, et de l'UMP au Parti "socialiste" il ne manque pas de ténors pour appeler à "l'union nationale" quand il n'est précisément question que d'unir ses liquidateurs, liquidateurs des conquètes passées et surtout du cadre national qui rend ces conquêtes possibles.

 

Cette union des liquidateurs repose sur un déni de démocratie, déni constitutif de l'Union européenne et des pouvoirs exorbitants de la Commission. Aussi, prenant prétexte de l'initiative présidentielle d'une modification constitutionnellequi priverait l'Etat de toute capacité d'intervention volontariste en économie comme au social, "la règle d'or", le député communiste du Rhône André Gérin proposait-il de soumettre cette adoption à référendum.

A l'évidence cette proposition dérange le petit jeu électoraliste des compères(UMP, PS) qui se passeraient volontiers de connaître l'opinion du "peuple souverain" sur les affaires européennes ou les choix économiques, elle n'a donc été reprise par aucune de ces organisations ou leurs satellites, ou Nicolas Sarkozy. Dommage, un tel référendum aurait changé la dynamique de l'élection présidentielle, pour sûr. 

 


Lire aussi : Quel OR est il Monsieur Sarkozy ? - "La folie des grandeurs" (comédie burlesque)  

 

Lettre d'André Gérin au président de la république;

Le 31 Juillet 2011

 

" ... Cette consultation serait d’autant plus utile qu’elle permettrait aux français de faire le bilan de cette politique d’intégration européenne dont l’euro est l’expression la plus emblématique et alors que cette politique est en crise.

... Les enjeux valent de porter le débat à ce niveau. Car que nous dites-vous ? L’euro, c’est formidable. Le sommet de Bruxelles l’a sauvé et vous n’êtes pas peu fier d’y avoir participé. Enfin, vous nous invitez à aller plus loin encore avec la mise en place d’une nouvelle gouvernance européenne et d’un gouvernement économique européen.

Quel déni de la réalité !

La construction européenne et la mise en place de l’euro, depuis Maastricht et au fil des différents traités, ont fait fi de la souveraineté des peuples et des nations, transformé ce vaste espace en une zone où la « concurrence est libre et non faussée », où les capitaux circulent au gré des intérêts de ceux qui les détiennent, où la chasse est ouverte afin de diminuer sans cesse davantage la rémunération du travail, où, en conséquence, le dumping social et les délocalisations sont la règle, où toutes les activités humaines sont abandonnées aux lois du marché.

Cette Europe-là est un vaste jeu de monopoly où tous les coups sont permis, où les banques et les institutions financières jonglent avec l’argent au détriment de l’économie réelle. Telles sont les cause profondes des situations grecque, irlandaise, portugaise, espagnole et italienne. Et le sommet du 21 juillet n’a rien réglé, si ce n’est donner de l’argent, encore de l’argent à ceux qui le gaspillent tandis que les peuples sont invités à payer la facture.

Votre « règle d’or » vise à inscrire ce mécanisme destructeur dans le marbre de notre loi fondamentale. Vous vous parez certes des mérites d’un gestionnaire vertueux et soucieux de l’équilibre budgétaire et du poids de la dette.

Toutes vos réformes fiscales depuis 2007 en faveur des plus riches ont été financées par l’endettement : paquet fiscal, taxe professionnelle, ISF, soit 20 milliards d’euros empruntés chaque année. L’accumulation des niches fiscales représente 30 milliards d’euros, les exonérations de cotisations sociales 173 milliards d’euros. Et il faudrait ajouter à tout cela ce que nous coûtent la casse de nos industries et la baisse du pouvoir d’achat des français. Et le sommet de Bruxelles alourdira encore de 15 milliards d’euros la dette française.

Et vous voudriez que nous allions plus avant dans cette voie qui nous conduit dans le mur.

Je vous propose d’en appeler à la souveraineté populaire : organisez un référendum et le vaste échange qui le précédera. Nous pourrions l’envisager dans le courant du mois de décembre 2011.

..."

 

André Gerin (blog)

 

PROGRAMME DU CONSEIL NATIONAL

 

DE LA RÉSISTANCE (CNR)

 

Ainsi, les représentants des organisations de Résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du Conseil National de la Résistance, délibérant en Assemblée plénière le 15 mars 1944, ont-ils décidé de s’unir sur le programme suivant, qui comporte à la fois un plan d’action immédiate contre l’oppresseur et les mesures destinées à instaurer, dès la libération du territoire, un ordre social plus juste.

 

I Plan d’action immédiate (…)

 

II Mesures à appliquer dès la libération du territoire

Unis quant au but à atteindre, unis quant aux moyens à mettre en œuvre pour atteindre ce but qui est la libération rapide du territoire, les représentants des mouvements, groupements, partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R., proclament qu’ils sont décidés à rester unis après la Libération : (...)

 

5) Afin de promouvoir les réformes indispensables :

a) Sur le plan économique :

- l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ;
- une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l’image des Etats fascistes ;
- l’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’Etat après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ;
- le retour à la Nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurance et des grandes banques ;
- le développement et le soutien des coopératives de production, d’achats et de ventes, agricoles et artisanales ;
- le droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l’économie.

b) Sur le plan social :

- le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l’aménagement du régime contractuel du travail ;
- un rajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ;
- la garantie du pouvoir d’achat national par une politique tendant à la stabilité de la monnaie ;
- la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale ;
- un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’Etat ;
- la sécurité de l’emploi, la réglementation des conditions d’embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d’atelier ;
- l’élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs, améliorant et généralisant l’expérience de l’Office du blé, par une législation sociale accordant aux salariés agricoles les mêmes droits qu’aux salariés de l’industrie, par un système d’assurance contre les calamités agricoles, par l’établissement d’un juste statut du fermage et du métayage, par des facilités d’accession à la propriété pour les jeunes familles paysannes et par la réalisation d’un plan quinquennal rural ;
- une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ;
-

 le dédommagement des sinistrés et allocations et pensions pour les victimes de la terreur fasciste.

 

(Extraits, source Comité Valmy.) 

  Quitter l'Union européenne pour établir la démocratie ?

Publié dans Tendances France

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