Le Mur de Berlin est tombé .. mais sur qui ? - à propos du XXI° siècle de Jacques Sapir.

Publié le par Mae Bat

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Le travail d'ensevelissement des libertés démocratiques, des droits sociaux octroyés pour cause de "Guerre froide" est aujourd'hui déjà bien avancé même si l'Union européenne nous promet encore quelques sales coups.

Ce n'est pas la fin du "socialisme réel" que nous pleurons ici, mais la victoire du libéralisme et de sa représentation institutionnelle, l'Union européenne.

Ce n'est pas non plus la fin des "vieilles" nations que nous pleurons ici, la Chine comme les Etats Unis ou l'Allemagne nous démontrent qu'elles survivent au mieux des intérêts de leur oligarchie ; ce que nous pleurons ici c'est la fin de la démocratie parlementaire, de nos anciens boucliers, du code du travail, de la gratuité de l'enseignement ou de la santé, .. laminés sous les coups de la mondialisation libérale. 

Quelques "Journée d'action syndicale" viendront encore célébrer notre deuil, mais nos fonctionnaires syndicaux ont déjà exprimé leur coming-out européiste.

La défaite serait totale si .., peut être, ce n'était sur ces ruines que pouvait renaitre un mouvement d'émancipation débarrassé de nombres d'illusions.

 

Mae BAT 

 Hors Mauvais sujet - Autogestion  
 

Sapir Jacques Le nouveau XXI° siècle

"La dissolution de l'Urss et la guerre du Koweit ont signé en 1991 la fin du XX° siècle. On imaginait alors un XXI° siècle dominé par les Etats-Unis, hyperpuissance militaire et économique. Mais ce "siècle américain" a avorté entre 1997 et 2003. La crise financière internationale de 1997-1998 a suscité l'irruption de nouvelles stratégies économiques, le sursaut de la Russie, la rupture de nombreux pays latino-américains avec le modèle [nord] américain et l'émergence de la Chine comme pivot de la stabilité en Extrême-Orient. En tentant de restaurer leur hégémonie par la force, les Etats-Unis ont engendré, en Afghanistan et en Irak, deux désastres militaires et politiques. Alors qu'ils faisaient figure de victime le 11 septembre 2001, ils sont aujourd'hui isolés diplomatiquement et doivent affronter l'image de Guantanamo et des tortures à Abou Ghraib. Sous nos yeux naît un nouveau XXI° siècle, sans puissance régulatrice, marqué par un monde multipolaire et ou la souveraineté nationale redevient un axe clé de la pensée politique. ... 

  Sapir Jacques Le nouveau XXI° siècle ... Las, les élites européennes tardent à reconsidérer leurs politiques à l'aune de cette nouvelle donne. Comme leurs aînées incapables de comprendre le XX° siècle ouvert par la "Grande Guerre", elles s'accrochent à des prismes politiques obsolètes. .."  L'Editeur (2008) 
   

Jacques Sapir, économiste souverainiste

Jacques Sapir n’est pas un économiste comme les autres. Passionné de géopolitique, ses écrits offrent également une lecture politique passionnante qui éclaire particulièrement bien les enjeux d’aujourd’hui et le « retour des nations » qu’il annonce.
L’illusion du droit d’ingérence
Dans la novlangue bien pensante, le « droit d’ingérence » est un morceau de choix. Il faut dire que le vocabulaire a été bien choisi pour éviter toute contestation. Mais ce n’est pas ce qui arrête un Jacques Sapir qui n’a que faire des convenances et attaque bille en tête. Il souligne que « l’ingérence humanitaire ne peut être que le fait du fort sur le faible, alors qu’un principe de droit doit par essence pouvoir être appliqué tout autant au fort qu’au faible » devenant au passage un « colonialisme humanitaire ».
Il souligne que cela « introduit une division immédiate au sein des nations entre celles dont les moyens de défense les protègent de toute tentative d’ingérence et celles dont les moyens de défense sont suffisamment faibles pour qu’elles puissent devenir, le cas échéant, des cibles dans une guerre humanitaire ». Pire, pour lui, cela incite à « monter en puissance dans ses moyens de défense, l’échelon ultime (…) étant la possession d’armes de destruction massive »…
Au contraire, c’est « en rétablissant le principe de la souveraineté dans toute sa force (…) que l’on pourra réellement s’opposer au processus de prolifération des armes nucléaires ». Il souligne que cette violation de la souveraineté suspend « les conditions rendant possibles la production et la légitimation des institutions, la possibilité d’un enracinement légitime des institutions importées devient extrêmement problématique. L’ingérence devra donc soit être renouvelée, soit être étendue dans le temps ».

L’auteur souligne que l’intervention occidentale au Kosovo a plutôt empiré les choses dans un exposé très documenté et critique. Il affirme que « derrière le discours humanitariste (…), on retrouve la cruelle vérité de l’adage bismarckien : la force prime le droit »…

Avec Guantanamo et le Patriot Act, il souligne que pour les Etats-Unis « la défense des libertés démocratiques n’a sa place que si elle peut affaiblir un adversaire. Elle cesse d’être un principe d’action si tel n’est pas le cas ».

Le siècle du retour des nations ?
Pour lui, c’est la défense des intérêts nationaux qui est la solution. Il souligne à quel point l’économie russe a réussi à se relance à la fin des années 90, en renonçant en partie à la potion amère néolibérale qui lui avait été imposée, provoquant un effondrement de 40% du PIB, en recourant à un cocktail de dévaluation, baisse des prix de l’énergie pour les consommateurs russes, contrôle des changes et aides publiques. Ainsi, l’économie est repartie avant même la hausse du prix des matières premières.
Il cite de larges passages d’un discours de Poutine à Munich en 2007 où celui-ci affirme que : « nous sommes témoins d’un mépris de plus en plus grand des principes fondamentaux du droit international. Bien plus, certaines normes et, en fait, presque tout le système du droit d’un seul Etat, avant tout, bien entendu, des Etats-Unis, a débordé de ses frontières nationales dans tous les domaines, dans l’économie, la politique, et dans la sphère humanitaire, et est imposé à d’autres Etats ».

Pour Sapir, il s’agit d’une « critique radicale de l’idéologie de la mondialisation ». « La souveraineté est une et indivisible » et « le droit international est nécessairement un droit de coordination, et non un droit de subordination » et « il ne peut y avoir de légalité (le droit international) sans légitimité, et que cette dernière ne saurait se construire, dans un univers structuré par des intérêts divergents et des valeurs multiples, que sur la base de la souveraineté ». Souveraineté et démocratie sont intrinsèquement liées.

Pour lui, la solution serait de construire des instances « régionales et politiques, au mieux coordonnées à l’échelle mondiale ». Mais « elles devront faire la place aux intérêts des Etats en raison de la dimension étatique des politiques économiques ». Il y a pour lui un motif d’espoir dans le discours finalement peu orthodoxes des principaux candidats à l’élection présidentielle de 2007, qui ont tous emprunté au discours alternatif en dénonçant les délocalisations par exemple.

L’auteur termine par une conclusion très gaullienne, où, s’il souligne que « la grandeur nationale ne se mange pas en salade », il appelle les Français à embrasser ce nouveau 21ème siècle, qui sera celui des nations et à préparer une alternative bienvenue pour 2012.

Laurent Pinsolle

 

Mauvais sujet - Autogestion 

 

Quand le Parti Socialiste censure l'économiste Jacques Sapir (2009) - extrait.

".. À la question qui me fut posée sur la possibilité de faire passer une directive européenne harmonisant les conditions sociales et rendant ainsi impossible le « dumping » social et salarial, j’eu le tort de répondre avec ma franchise habituelle – et je reconnais ne pas être de ceux qui font la roue pour plaire ou qui manient la litote – que je tenais une telle proposition pour une illusion, au mieux, et au pire une hypocrisie.

On ne voit pas comment ni pourquoi ces pays accepteraient de sacrifier cet avantage qu’ils ont sur nous et qui est le produit du « grand marché », tel qu’il fut obtenu par l’acte unique. La règle de l’unanimité rend impossible un tel projet. D’ailleurs, les dévaluations auxquelles ces pays se livrent, et qui ont été tout à fait significatives ces dernières semaines, entraînent une nouvelle baisse du coût du travail qui ne correspond à aucune baisse de la productivité, bien au contraire.

 

C’est alors que mon interlocutrice me coupe la parole pour me dire qu’il était impossible de passer dans son journal une telle réponse. Elle était certes prête à conserver la première partie de mon interview, mais en aucun cas elle ne publierait la seconde, car elle était contradictoire avec la position du PS. Quand je lui fis remarquer que, n’étant pas militant ni sympathisant de ce parti, je pouvais avoir les positions qu’il me plaisait d’avoir ce qu’elle n’était pas sans ignorer au début de l’interview, elle me répondit qu’elle n’était point là pour faire de l’information mais de la communication. .." (lire)

Lire aussi :

. La Confederation Europeenne des Syndicats au coeur des stratégies d'adaptation à l'ordre liberal européen

 

. Démondialisation, une tentation diabolique. Frédéric Lordon et "Le Monde Diplomatique"

  

. Quitter l'Union européenne pour établir la démocratie ?

   

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