L'Etat Français et la (re)constitution de milices armées (Loppsi Art.113).

Publié le par Mae Bat

TENDANCE.   (maj 24 Juillet 2011)

Inquiétant pour ceux qui conservent quelques illusions sur la "démocratie", la Loi Loppsi permet à l'Etat de mobiliser des milices complémentaires aux gens d'armes déjà organisés.

Les politiques menées par l'UMP ou le PS en matière sécuritaire à l'encontre des populations fragiles, gens du voyage, sdf, rroms et les moyens déjà mis en oeuvre, fichage et vidéo surveillance, .. n'empêchent pas ces partis de se projeter dans l'avenir, de tirer les leçons du "Printemps arabe" et d'envisager le recours à des armes létales.

Ainsi le raidissement des pouvoirs en Egypte ou en Tunisie recourant à la violence contre les manifestants résulte bien de la volonté des masses arabes de poursuivre la révolution sur les objectifs sociaux qui l'avaient dès l'origine mobilisé. Faire face au danger d'une révolution sociale, ou tout du moins à des émeutes en l'absence d'organisation des masses et alors que "la zone euro" menace de s'effondrer, semble un objectif réaliste pour notre oligarchie.

Ainsi, contrairement à la candidate écologiste à l'élection présidentielle(a), il ne nous semble pas possible d'opposer le défilé des chars à Paris un 14 Juillet, qui a valeur de démonstration pour une armée entrainée plus souvent au "combat de rue" qu'aux manoeuvres traditionnelles de champs de bataille ; d'opposer donc ces manifestations du pouvoir militaire aux interventions extérieures (Libye, Afghanistan, ..).

Ainsi en Libye les deux camps, Kadhafi aussi bien que l'OTAN, cherchent à prévenir les conséquences d'une révolution à nos frontières, et aux frontières de la manne prétrolière, et ce sera sans doute là les termes d'un accord scellant la fin des hostilités.

Nous devons donc prendre en considération qu'une nouvelle époque pourrait naître sous nos yeux et voir dans les lois votées la clairvoyance de notre oligarchie; à nous de savoir y répondre - sans davantage d'illusions sur les oppositions parlementaires (PS, FdG,..) et sachant que décidément rien ne semble pouvoir réveiller nos fonctionnaires syndicaux.

(a) Marianne2 - T. Andriamanana "Eva Joly veut des chars en Libye pas sur les Champs Elysées" 15 Juillet 2011 
  La politique de la peur - Serge Quadruppani
 
 

Complétant les dispositions de la Loppsi, et en particulier son article 113 instituant des milices para-policières, le Parlement a adopté une loi "tendant à faciliter l’utilisation" de ces "réserves", "en cas de crise majeure".Rappelons que dans sa version d’origine ce texte prévoyait que les dites "réservistes", mobilisables ponctuellement pour des périodes de trente jours, soient rémunérés par leurs employeurs d’origine au titre de ce qui était appelé un "mécénat patriotique" bénéficiant de dégrèvements d’impôts sur le modèle des dispositions encadrant le mécénat. Cette dimension financière a été écartée par le Sénat, semble-t-il du fait d’objections du Medef. Et la question a été renvoyée à la loi des finances qui doit être votée en fin d’année.

Soulignons ici que ce texte, présenté après l’accident nucléaire de Fukushima, bien qu’il ait déjà été en préparation avant a été présenté comme une disposition permettant de faire face à ce type de catastrophes. Or, il fait l’économie de préciser ce qu’il entend par "crise majeure", n’excluant aucunement qu’il puisse s’agir de crises politiques ou sociales.

Il n’est pas interdit de mettre en rapport ceci avec le décret datant du 30 juin 2011 qui autorise l’utilisation d’armes à feu contre des manifestants. Là encore, ce décret, s’il précise que l’usage de la force doit être "proportionné" à la menace, n’en prévoit pas moins que des armes de guerre puissent être employées dans le cadre de manifestations publiques y compris lorsque les manifestants sont désarmés.

... Ainsi que le prévoit l’article 113 de la Loppsi, et ainsi que cela a pu être dénoncé par le Syndicat général de la police, ces "citoyens volontaires" (ou même pas volontaires "en cas de crise majeure" comme le stipule le texte de loi ci-dessous), "réservistes" de la police ou de la gendarmerie, sont susceptibles d’être armés (et même dotés de pouvoirs de police judiciaire pour certains d’entre eux).

En temps ordinaires, en dehors de "crises majeures", des brigades de miliciens peuvent être amenées à intervenir contre des manifestations pacifiques, ainsi que le DAL semble en avoir fait l’expérience, il y a deux semaines, lors d’une manifestation à la mairie du XIème pour une dizaine de familles ayant un problème de logement. La délégations des mères de familles aura été évacuée de la mairie par une trentaine d’individus munis de brassards "police" dont le comportement – expressions racistes, attitudes "incontrôlables" – indique bien ce que sont de telles "réserves civiles et militaires" : de véritables milices au service de l’État ...

Cette énorme construction d’un État milicien – qui repose sur une dizaine de textes différents depuis le livre blanc de la défense et de la sécurité intérieur de 2008 –, restera vraisemblablement comme la plus grande œuvre de l’actuel quinquennat. Il importerait que les forces politiques d’alternance se démarquent de cette politique et s’engagent à abroger l’ensemble de ces dispositions, pour rétablir la possibilité d’un ordre démocratique. Or, il semble bien qu’au contraire le Parti socialiste trouve intéressante cette faculté de mobiliser des citoyens dans de tels contextes, ainsi qu’on a pu le voir lorsqu’il a refusé de mettre en cause l’article 113 de la Loppsi devant le Conseil constitutionnel, et ainsi qu’on le vérifie avec ces premières manifestations de milices devant la mairie du XIème arrondissement de Paris.

Peut-on espérer que la campagne présidentielle qui s’ouvre soit l’occasion des clarifications nécessaires sur ces questions essentielles ?"

(Source : Bellaciao 19 juillet 2011]

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