Espagne - Le Printemps de la démocratie traverse la Méditerranée (OCL)

Publié le par Mae Bat

TENDANCE.
On l'attendait en Grece, au Portugal, mais la frilosité des Confédérations syndicales espagnoles, leurs liens avec le pouvoir social-libéral de Zapatero nous faisait négliger les informations venant d'Espagne. Voilà la Révolution qui, on l'espère, traverse la Méditerranée s'invitant au coeur d'un processus électoral obsolète. Relevons d'ailleurs que pour ce mouvement, de jeunesse, de chômeurs, de précaires, ce qui semble obsolète est moins les élections que la classe politique dont nous apprenons aussi qu'elle peut être moralement indigne. L'occasion enfin de relever, mais ce n'est pas ici pour nous surprendre, le silence fait dans les médias sur les mouvements sociaux, modeste contribution au pouvoir. 
 
Depuis plusieurs semaines, un mouvement de rejet et de ras-le-bol contre la classe politique et les conséquences de la crise capitaliste est en train de naître, de se chercher, de se diffuser, de se construire petit à petit, de manière décentralisée dans tout l’État espagnol. Il emprunte beaucoup aux diverses ressources de l’Internet, mais vise une mobilisation publique, dans la rue. Par bien des aspects, il se rapproche d’attitudes « indignées » (Hessel) face aux divers abus du système politique des grands partis (et du bipartisme) et de la gestion dite “néo-libérale” du capitalisme.

Les manifestations du 15 mai (15-M) ont rassemblé environ 130 000 personnes dans une cinquantaine de villes. Dans les plus grandes d’entre elles, elles ont été suivies par l’installation de campements provisoires destinés à durer jusqu’à la date des prochaines élections municipales et provinciales du dimanche 22 mai. Dès le surlendemain à l’aube, à Madrid, le campement et la centaine de personnes qui s’y trouvaient ont été expulsés par la police. Mais le soir même, ils étaient des milliers à se retrouver en fin de journée et à occuper la place toute la nuit. Dans le même temps, ce mouvement d’occupations des places les plus centrales des principales villes du pays commençait à prendre de l’ampleur (25 villes dès mardi soir). [...]

L’inspiration est bien sûr venue du Portugal avec l’appel à manifester lancé par le mouvement informel Geração À Rasca, “Génération Fauchée” (regroupant des diplômés chômeurs) qui le 12 mars dernier, a fait descendre dans la rue entre 300 et 400 000 manifestants dans les principales villes du pays, principalement des jeunes qui dans ce pays sont pratiquement tous chômeurs et/ou précaires (essentiellement stagiaires et recibos verdes c’est-à-dire embauchés à la tâche) [...]

Le point de départ se situe à Séville. Un jeune homme lance un appel par Facebook contre la gestion de crise et la corruption politique. Des groupes de personnes à Madrid et à Santander suivent son appel pour faire une performance hebdomadaire sur une place centrale chaque ville. Ensuite le nom est trouvé, ce sera : “État du Mal-être”. Deux mois plus tard, une cinquantaine de villes, presque toutes des capitales provinciales, ont leur propre groupe d’agitation intervenant chaque semaine. [...]

Dans un contexte où les mobilisations sociales se font rares, où la très grande majorité du syndicalisme ne prend même pas la peine de faire semblant de résister aux mesures gouvernementales, où les espaces de mobilisations alternatifs ont du mal à émerger comme des pôles d’agrégation, il n’est pas étonnant que ce type de campagne “citoyenne” et “éthique” trouve un écho, même si celui-ci demeure encore très virtuel. Faiblesse des mouvements, pour des raisons “internes”, à la fois historiques et liées à la période, mais aussi à des médias qui font systématiquement le silence sur les protestations sociales et préfèrent ne parler que de sport, de faits divers,, de jeux télévisés et des petites histoires qui opposent les politiciens des deux principaux partis. Ainsi, le 5 mai, près de 20 000 personnes ont manifesté dans les rues de Madrid contre la privatisation de la santé et de l’éducation à l’appel de diverses plateformes et collectifs : résultat, quelques lignes dans la presse parlant de « quelques milliers » de manifestants. |...]
Même si ce ne sont pas des mouvements de masse, partout il y a eu deux à trois fois plus de monde que la veille dans chaque ville (3-4000 à Barcelone, 2000 à Valence, presque autant à Saragosse…) et il y a plus de villes où des rassemblements ont eu lieu.
Au milieu de la soirée, malgré la pluie, la place n’a cessé de se remplir et même la TV d’État le dit (sans donner de chiffres : à Madrid, malgré (ou à cause de) l’interdiction de manifester, il y a plus de monde que la veille. Pour tout le monde : les manifestants ont défié l’interdiction. Symboliquement, ce n’est pas rien.
Des rassemblements ont été annoncés devant les ambassades d’Espagne à Paris et à Londres. Des rassemblements sont également annoncés pour ce jour et le lendemain à Florence, Budapest, Vienne, Buenos Aires, Montpellier, New York…
La « spanish revolution » comme l’appellent déjà les médias anglo-saxons et, à leur suite, ceux de la péninsule, est-elle en route ? Peut-être pas. Mais en tout cas, il se passe quelque chose.

 

O.C.L. (extraits) "Le début d'un mouvement ?"

   
  ACRIMED : "Misère de l'information sur l'Europe des mobilisations sociales"

Publié dans Tendances Europe

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