DEXIA - Nationalisation d'une banque et faillite du modèle libéral.

Publié le par Mae Bat

"... sa fuite en avant dans les emprunts toxiques, dont les risques ont ensuite été reportés vers les collectivités, mais aussi les hôpitaux, comme le mentionne une page de Charlie Hebdo “Les hôpitaux pollusé par les emprunts toxiques”, qui nous affirme que le surcoût annuel de ces emprunts est l’équivalent de celui de 15 000 postes de personnel soignant." Michel Abhervé/Alternatives économiques (blog)

L'aventure de DEXIA est tout à la fois une illustration de l'incompétence de nos dirigeants et de la pauvreté du débat politique en France, y compris en période électorale.

DEXIA participe de l'aventure ouverte par les privatisations et la croissance des marchés financiers - C'est alors Alain Juppé qui est ministre du Budget, Edouard Balladur étant ministre de l'Economie et des Privatisations dans ce premier "gouvernement Chirac" de cohabitation ..- l'aveuglement de nos "élites" politiques est alors à son zénit, la France redécouvre les plaisirs du XIX° siècle balzacien, un monde d'aventuriers de la finance et de petits actionnaires ruinés (hier le tunnel sous la Manche et aujourd'hui NATIXIS, etc ..) - mais le monde de Balzac deviendra rapidement celui de Zola pour les catégories les plus modestes (désindustrialisation et délocalisations spéculatives).

L'itinéraire du banquier Pierre Richard n'est pas moins illustratif de cette période, ce haut fonctionnaire lié à la décentralisation, comme ses homologues soviétiques, se découvre des talents de capitaine d'industrie lors des privatisations et donc sur un marché dont il connaît tous les ressorts, celui des collectivités locales. Un cas d'école (sic) sur les prétentions imbéciles des élèves des grandes écoles, Pierre Richard est aussi l'auteur d'un essai "Les citoyens au coeur de la décentralisation" (2003) .. dont on imagine aujourd'hui ce qu'il fallait comprendre.

REDECOUVERTE du SERVICE PUBLIC (Crédit Local CDC).

Mais il est bien plus surprenant de retrouver les mêmes, ou presque, réinventer, plus discrètement il est vrai, la banque de service public ce "Crédit local" adossé à la CDC (Caisse des dépôts) - mais encore les frontières naturelles d'une économie nationalequi même avec la Belgique paraissent infranchissable, que dire alors des velléités de certains d'annexer la Wallonnie - et tout cela sans pourtant que nul de nos oligarques, de droite ou de gauche, ne semble vouloir en tirer des leçons politiques.

Pourtant la faillite de DEXIA est avant tout leur propre faillite, celui d'un libéralisme, d'une mondialisation que l'on proclamait horizon indépassable de l'humanité.

Ni leçons politiques, ni sanctions judiciaires non plus. Entre gens d'un même monde, l'oligarchie, on juge en aparté qu'il serait trop cruel de priver l'un d'entre eux d'un luxe dont nous ferons les frais (Retraite dorée d'un banquier, salaire d'un autre à 1.8 Million d'euro annuel, ..) - c'est le droit de rapine !  

 

EXPROPRIATION & AUTOGESTION ! 

Constatant cela ce n'est plus de nationalisation dont il doit être question dans nos Programmes socialistes, nationalisations qui laisseraient entendre de nouvelles indemnisations des spéculateurs ou encore prise en charge des seules entreprises en difficulté, ce dont dont il doit être question dans nos Programmes socialistes c'est d'expropriation socialiste et de la mise en oeuvre au plus tôt d'un contrôle ouvrier sur la gestion des grandes entreprises !

Ce n'est pas de nationalisations dont il doit être question dans nos Programmes socialistes, qui laisseraient entendre le transfert à l'Etat, le renforcement du pouvoir de la moyenne bourgeoisie et des fonctionnaires, de la bureaucratie et des appareils politiques, mais d'autogestion ! 

 

A Bontemps, Mae Bat & Archéo 

 
 Banquiers-destructeurs-sans-prison.JPG

"Tout débute en 1987. La CAECL - Caisse d'aide à l'équipement des collectivités - est une obscure petite division de la Caisse des dépôts qui finance les collectivités locales. À sa tête, Pierre Richard, ancien responsable des villes au ministère de l'Intérieur. Un X-Pont parachuté dans la finance par hasard. C'est son drame. Faute du bon pedigree, le grand barbu avec un costume noir ne sera jamais directeur général de la CDC. Alors il décide de s'en émanciper. Sous sa baguette, la CAECL change de nom, devient le Crédit local de France, se cote en Bourse, se privatise. Le tout au pas de course. Personne ne se doute que se prépare un Crédit lyonnais bis.

Pierre Richard a de l'ambition à revendre. Les lois de décentralisation de 1983 ont donné des ailes aux villes et autres départements pour lancer de nouveaux équipements. Autant d'opportunités pour leur banquier préféré. Mais l'ingénieur bâtisseur voit beaucoup plus loin. Il veut constituer un grand groupe bancaire.

En 1996, il se marie avec son cousin belge, le Crédit communal de Belgique, qui finance à la fois les collectivités locales et les particuliers. Un nom est trouvé : Dexia. Objectif, leader mondial. Financer les collectivités locales, c'est bien parce que c'est peu risqué et il n'y a pas de concurrents. Revers de la médaille, les marges sont minimes.

Or justement, les équipes de Dexia ont trouvé la parade. La courbe des taux est favorable à un petit jeu que les banquiers appellent «la transformation». Cela consiste à emprunter à court terme (pas cher) pour financer à long terme (cher). Génial ! Comme cela marche bien, Dexia se démultiplie. La banque se lance dans une boulimie d'acquisitions, d'activités ou même de portefeuilles. Espagne, Italie, Japon ou États-Unis… elle achète tout ce qui passe."

Ce que Dexia est en train de constituer sans que personne ne l'arrête, c'est une monstrueuse position spéculative sur les taux. Elle fait le pari qu'elle pourra toujours bénéficier de conditions de financement aussi favorables. L'avenir prouvera, en 2008, à quel point c'était une gageure. [ ... ]

En octobre 2008, c'est un bœuf dopé aux hormones qui se trouve pris de court lorsque les marchés décident de ne plus lui accorder un centime de financement. Pierre Mariani, un des ténors de BNP Paribas, est appelé à la rescousse. On croit que la situation est grave. En fait, elle est désespérée. Dexia a besoin de 260 milliards d'euros : l'équivalent de l'endettement d'un petit pays européen. La banque n'a plus que quatre jours de liquidité devant elle. Découvrant le pot aux roses, le directeur financier s'évanouit.

Les États belge, français, et luxembourgeois arrivent à la rescousse. La chute de Dexia est pour eux inenvisageable : elle plongerait leurs communes et villes dans un inextricable marasme. Les Trésors se trompent d'abord de remède : ils s'accordent sur un plan de recapitalisation de 6,4 milliards d'euros avant de garantir les émissions de la banque une semaine plus tard.Dexia retrouve un accès aux financements. Pierre Mariani et le président belge, Jean-Luc Dehaene, se lancent alors dans une véritable course contre la montre : il s'agit de dégonfler au plus vite le bilan avant le prochain coup de Trafalgar sur les marchés.

L'accalmie de 2009 et 2010 leur permet de bien avancer : refinancement progressif du bilan, cession de la filiale américaine FSA, qui était devenue un nid de pertes, sortie de la garantie de refinancement des États, bouclage des négociations avec la Commission européenne sur le plan de sauvetage…

À l'automne 2010, la direction se lance même dans l'élaboration d'un plan stratégique, qui met en avant le développement de sa filiale turque, Denizbank. Devenue une solide banque commerciale européenne, Dexia gagnera 1,8 milliard d'euros en 2014, avance Pierre Mariani. Mais l'édifice reste bien sûr fragile, il ne pourra résister à la violence de la crise de la zone euro.

Depuis la dégradation décidée par les agences de notation en mai dernier, Pierre Mariani travaille à un scénario de repli définitif."

LE FIGARO Economie 5 Octobre 2011 (extrait)

 Pillage des spéculateurs et emeutiers de Londres

"Nommé en 1978, Directeur général des collectivités locales au Ministère de l’Intérieur, il participe à l’élaboration des projets de loi de décentralisation pour le compte de la gauche, et tout particulièrement du Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, Gaston Deferre. De janvier 1983 à juin 1993, il est directeur général adjoint de la Caisse des dépôts et consignations, en charge du Département des prêts aux collectivités locales. [...]

"le Crédit local de France, établissement de droit privé, est lui même la transformation en 1987 de la Caisse d’Aide à l’Equipement des Collectivités Locales, la CAECL, établissement public, outil de la Caisse des Dépôts et Consignations, et  interlocuteur historique des collectivités locales, dont le capital a été ouvert, à hauteur de 50 % par le gouvernement de Michel Rocard en 1991." [...] 

Tout en exerçant son métier de banquier au niveau mondial, Pierre Richard va se voir confier un certain nombre de fonctions publiques au niveau français, dont la rédaction à la demande du ministre délégué au budget, Jean-François Copé, d’un rapport, fort intéressant et préfigurant sur bien des points ce qui va se concrétiser dans la réforme des collectivités territoriales« Solidarité et performance : les enjeux de la maîtrise des dépenses publiques locales » .." Michel Abhervé (Le blog)- Alternatives Economiques

   

Publié dans Economie

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