Autogestion - Contribution à la compréhension des années LIP (Agone)

Publié le par Mae Bat

Je me permet ici de reprendre une brêve introduction à un article publié dans la revue des Editions Agone. Une invitation à découvrir un éditeur qui consacre le dernier numéro de sa revue à Orwell dont par ailleurs il a édité les écrits politiques et les chroniques.

Quand à cette brêve introduction elle nous aide à comprendre le succès du thème autogestionnaire dans les années 70, thème qui sera repris y compris par certains courants du Parti socialiste ce qui ne peut aujourd'hui que nous surprendre et nous éclairer sur l'étonnante histoire des LIP.    

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L’usage de l’idée d’autogestion selon Pierre Rosanvallon "L’usage qui est fait de la notion d’autogestion au sein du champ syndical et politique au début des années 1970 apparaît rétrospectivement comme une manière, pour les organisations qui l’adoptèrent, d’échapper au stigmate de l’appellation « réformiste » en se situant « à gauche », mais dans une position distincte de la CGT ou du PC, c’est-à-dire par rapport aux agents encore dominants dans ces deux espaces.
« Le thème de l’autogestion, écrira plus tard Pierre Rosanvallon, a d’abord contribué à canaliser une puissante recomposition du paysage politique en servant de support à la constitution d’une alternative à la culture politique étatique-communiste-marxiste auparavant dominante. Le drapeau de “socialisme autogestionnaire” a permis à une gauche antitotalitaire de s’affirmer positivement, en en finissant avec la notion de gauche “non communiste”, purement négative et implicitement connotée d’une dimension privative. »
Ainsi la valorisation de l’autogestion au sein de l’univers de la « deuxième gauche » a-t-elle pu contribuer, précocement, à la réhabilitation de la « fonction d’entrepreneur », pleinement développée dans Pour une nouvelle culture politique, (Pierre Rosanvallon et Patrick Viveret, 1977) : « Un nombre croissant de gens […] veulent “faire quelque chose” et plus seulement revendiquer ou préparer les batailles du lendemain. Il n’est pas exagéré de dire qu’une aspiration profonde à l’entreprise – au sens fort du terme – est en train d’apparaître socialement aujourd’hui comme alternative à la crise du militantisme. C’est bien dans ce sens qu’il faut aller. Il ne faut pas craindre de dire que l’aspiration à l’autogestion est inséparable d’une réhabilitation, d’une extension et d’une socialisation de la fonction d’entrepreneur dans la société. Cette formule, volontairement provocante, mérite explication. Il s’agit d’abord de réhabiliter la fonction d’entrepreneur. La société capitaliste est en effet devenue une société bureaucratique, une société de gestion et d’administration, beaucoup plus qu’une société d’innovation. »
Outil conceptuel « formé par la pratique et pour elle », le mot permet la revalorisation symbolique de la « réforme » contre les « archaïsmes », telle qu’elle va être pleinement développée, à partir des années 1980, par des revues comme Esprit, Commentaire ou Le Débat.
Celui qui voulait « repenser le progrès social » se désignera, après coup, comme l’« idéologue de la deuxième gauche », à travers la permanence de schèmes et de procédés rhétoriques : Rosanvallon devient, dans la période suivante, un des idéologues de la destruction de l’État ­protecteur – sous couvert de lutte contre ses archaïsmes…"
  Christophe Gaubert
Extrait de « Genèse sociale de Pierre Rosanvallon en “intellectuel de proposition », Agone, n° 41–42, 2009

Publié dans Autogestions

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