Autogestion aux usines Berliet de Lyon (Mémoire ouvrière)

Publié le par Mae Bat

AVERTISSEMENT. En cours de réécriture suite aux incidents avec le site "La Bataille socialiste" (voir communiqué). Nous rendrons compte ici, entre autre, du livre de Marcel Peyrenet "Nous prendrons les usines" Ed Garance 1980  dont nous publions ici la présentation de l'éditeur - et si possible d'autres documents.
Berliet-liberte-1968.jpg  1968 - BERLIET devient LIBERTE !

 

NOUS PRENDRONS LES USINES ! 

"Berliet, Vénissieux. Des milliers de travailleurs, la forteresse ouvrière de l'agglomération lyonnaise.

Un père fondateur, patron tout puissant, seigneur et maître régnant sur l'empire du camion : Marius Berliet, mécanicien, émile de Ford et de Taylor.

La guerre, la collaboration active et lucrative, la chasse aux militants syndicaux, la militarisation de l'usine, ... puis le monde bascule, la libération, la prison.

Septembre 1944 : l'usine sans patron est placée sous séquestre. Pour l'administrer un Conseil est constitué avec à sa tête un ingénieur communiste et des représentants des syndicats, des délégués des ateliers ... Une expérience de gestion "démocratique" commence - un mythe se construit.

Dans le climat politique de la Libération, puis pendant la guerre froide, un Lip du poids lourd dans l'une des plus grandes entreprises françaises va expérimenter ce qu'on appelera plus tard l'autogestion et va mettre en place des structures et des activités sociales qui feront tache d'huile et que la poussée du mouvement ouvrier permettra de légaliser.

Marcel Peyrenet a interrogé les principaux acteurs et témoins et il restitue dans un texte vivant et illustré de très nombreux documents le climat et les espoirs de l'époque.

A travers ce récit, nous voyons vivre les hommes qui, du stakhanovisme au comité d'entreprise, de "l'armée du peuple" aux centres de vacances d'entreprise, ont essayé de construire un "travailleur nouveau" et ont mis en place les structures sociales d'aujourd'hui.

Les grands débats qui ont animé Berliet restent d'une actualité brûlante : - à propos des contradictions entre la gestion démocratique et la rentabilité dans le système économique actuel face à la concurrence; à propos des moyens de faire bénéficier les travailleurs des résultats de leur travail sous forme de primes, dont le calcul pose des problèmes d'évaluation de la part de chacun dans les résultats; - ou à propos des problèmes de la hiérarchie professionnelle et de la promotion ouvrière, de l'unité des travailleurs et des conflits politiques." [Présentation de l'Editeur] 

 

 

  Contributions.


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proudhon 2009 

Je me permettrais une première remarque, inspirée de la lecture du "Proudhon" d'Anne-Sophie Chambost, sur l'incapacité de la République et plus généralement du "politique" à régler la question socialedont nous trainons aujourd'hui encore les conflits qu'elle suscite.
Ce à quoi nous sommes confronté ici, c'est à un mouvement de ré-appropriation du travail, mouvement spontané tel qu'il ressurgira encore à Lip et s'exprime dans les coopératives de production ou de services.
Une seconde remarque encore, chercher à voir dans "le patriotisme d'entreprise", la "défense des missions de service public" la trace moderne du corporatismen'est pas à mes yeux un recul ou une aberration, mais l'expression en des temps "d'emploi morcellé" de ce même mouvement de ré-appropriation du travail ou l'entreprise, dénuée de fondement juridique, se vit contre les formes capitalistiques de société (SA, SARL,..). Formes dont nous constatons qu'elles peuvent exclure l'entreprise et le travail de leur stratégie.
Dans l'affaire qui nous occupe, le mouvement social va très rapidement se trouvé confronté à un frein pour le moins inattendu, celui du Parti communiste et de la CGT poursuivant d'autres objectifs, ici encore "la politique" vient contrecarrer les intérêts qu'elle prétend servir.
DAN

 vaulx-velin.jpg

L'article repris ici sur le site vaudais (Vaulx en Velin) "On Vaulx mieux que ça !"permet de restituer l'expérience lyonnaise des Usines Berliet dans un cadre historique plus large compris entre la Libération de la France (1944) et les débuts de la guerre froide (1948). La guerre froide va entrainer le départ des communistes du gouvernement et susciter une nouvelle scission syndicale au sein de la CGT, elle va aussi entrainer un changement de stratégie du Parti communiste et de la CGT qui lui est associée.  

Libération de Marseille : un vent de progrès social

29 août 1944. Au lendemain de la Libération de Marseille, au sortir des combats, les ouvriers relancent sans attendre les ateliers tandis que l’épuration met en fuite les patrons accusés de collaboration. Des usines« sans têtes » produisent à tout va, animées par le désir de relever la Nation. Et on créé, pour les diriger, des comités de gestion.

Nommé Commissaire régional de la République par de Gaulle, Raymond Aubrac, figure mythique de la résistance, va donner à quinze grandes entreprises marseillaises(1) les moyens de perpétuer cet élan. Comment ? « En appliquant une mesure propre à l’état de guerre : la réquisition », explique Robert Mencherini, enseignant-chercheur à la Maison méditerranéenne des sciences de l’Homme d’Aix-en-Provence(2), qui a minutieusement étudié l’événement(3). « Dans le Sud de la France, nombreuses étaient les entreprises placées sous contrôle de l’État et gérées par un comité auquel participaient les ouvriers. Mais ce qui fait des réquisitions de Marseille une expérience unique, c’est que quinze mille ouvriers furent concernés et ce, pendant de trois ans. » Une organisation du travail inédite que le chercheur a mis en valeur dans un précieux documentaire(4).

Au cœur du film, les Aciéries du Nord : « leur directeur, nommé avec l’aval de la CGT(5) et des ouvriers, était assisté d’un comité consultatif de gestion. Symbole démocratique, ce conseil était composé de représentants du personnel – un ingénieur, un technicien, un ouvrier – et de représentants des actionnaires(6). » Et tous s’en portent bien : les ouvriers, qui voient leur salaire et leur travail s’améliorer, augmentent spontanément les cadences. L’entreprise est largement bénéficiaire(7). On investit les bénéfices dans des logements sociaux, on construit un centre culturel, on crée les premiers CE, etc...

Autant d’avancées souhaitées par le programme du Comité national de la résistance (CNR) qui prévoyait, entre autres, sécurité sociale et retraite pour tous. « Dans la mémoire collective, la Libération est synonyme de lutte contre l’occupant. Mais elle porte aussi en elle un profond élan de contestation sociale et politique », poursuit le chercheur. Un désir tombé désormais dans l’oubli. « En 1947, on entre dans une nouvelle ère. Celle de la Guerre froide. Les stratégies politiques changent. Les communistes sont chassés du pouvoir et la page des réquisitions de Marseille est tournée. » Une page qui méritait un film pour que vive la mémoire de ceux qui l’ont écrite. Et l’idée qu’on peut « substituer au profit la notion de service. »

Stéphanie Arc


 1. Dont les Aciéries du Nord, la Compagnie d’électricité, etc.

2. UMR TELEMME, CNRS/Université de Provence.

3. Il est notamment l’auteur de La Libération et les entreprises sous gestion ouvrière. Marseille 1944-1948. Coll « Chemins de la mémoire », L’Harmattan, 1994.

4. Les réquisitions de Marseille. 1944-1948, Sébastien Jousse et Luc Joulé, une co-production de l’Œil sauvage/France 3 Méditerranée/CNRS Images, 2004.

5. L’Union départementale CGT, avec ses 160 000 adhérents, avait un grand poids.

6. Les actionnaires refuseront de siéger.

7. Elle restituera 600 millions de francs de bénéfice

Publié dans Autogestions

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